Un homme trompé sous son propre toit

L’Avenir 30/08/2006

Fred venait d’arriver du Katanga. Chaleureusement accueilli par son frère aîné qui habite la commune de la Gombe à Kinshasa, il ne tarda pas à se plaindre de sa condition de vie dans la capitale. D’abord, un logement inapproprié pour un garçon qui avait déjà dépassé la trentaine, ensuite le chômage, et enfin le manque de distraction, limitée aux émissions de la télé qu’il suivait sans discontinuer. Il n’avait pas d’amis à Kin et ne fréquentait personne. En plus, par crainte de s’égarer, Fred avait juré de ne point mettre son nez dehors si, de la maisonnée aucun volontaire ne daignait lui tenir compagnie lors d’une éventuelle promenade dans cette nouvelle ville pour lui et dont il ignorait la topographie. Le casanier ne prenait pas le risque de s’aventurer au-delà des quatre murs de leur habitation de deux chambres. Une était réservée à l’usage des parents et l’autre aux enfants. Comme ces derniers étaient encore en bas âge, leur oncle fut, à son arrivée, admis dans celle-ci qu’il partageait désormais avec ses neveux.
Il apparaît que son frère n’avait pas compté avec les caprices de Fred qui, au bout de quelques jours, déserta cette chambre pour se faire « salomon », terme bien kinois pour désigner celui qui dort au salon. Aussi, c’est au salon que Fred passait pratiquement toute sa vie.
L’oisiveté aidant, un sentiment malsain prit de profondes racines dans son cœur. Le jeune homme tomba secrètement amoureux de la personne avec laquelle il passait la majeure partie de son temps, savoir sa belle-sœur. Et cette liaison coupable fut bien entretenue, apparemment gardée au grand secret jusqu’au jour où elle produisit du fruit tout autant coupable. La belle sœur conçut ; non pas du géniteur légitime, mais du petit frère. Le scandale éclaboussa la famille qui se dissout par la suite.
La femme fut répudiée par son mari, le jeune frère chassé par celui-ci... Le fait semble banal pour certains mais si conseil à tirer il y a, il convient à ceux qui font venir les leurs du village de planifier rationnellement le séjour de ces derniers dans les villes et foyers d’accueil. Notamment ne pas les laisser se morfondre dans l’oisiveté...
Lydie Ngalula