Les bronzes du Bénin, histoire d'un royaume

LE MONDE | 17.10.07 |

Il ne faut pas confondre la République du Bénin avec le royaume du même nom. La première, ex-colonie française du Dahomey, a pris en 1975, le nom du vieil Etat, aujourd'hui partie intégrante du Nigeria. C'est à ce dernier que le Musée du quai Branly rend hommage à travers une considérable exposition de sculptures, essentiellement de bronze, montée à Vienne, et qui passe par Paris avant de gagner Berlin et Chicago.

Le Bénin historique est situé à l'ouest du delta du Niger et l'apogée de cette civilisation, connue des Portugais dès le XVe siècle, se prolongea pendant deux siècles, avant décliner puis de sombrer sous les coups d'une expédition punitive anglaise en 1897.

Cette année-là, le consul britannique voulait absolument rencontrer le souverain du Bénin pour lui faire signer un traité de protectorat. Or, ce souverain, l'oba, personnage qui cumulait des fonctions religieuses et temporelles, était absolument invisible pour des raisons cultuelles. Le consul voulut passer outre, il fut massacré. D'où l'envoi d'une colonne militaire, en représailles. La cité de Bénin fut mise au pillage et le souverain, déporté. Le butin, soigneusement mis en caisse, transporté à Londres, fut mis en vente aux enchères publiques pour couvrir les frais de l'expédition.

Le monde occidental découvrit ainsi avec étonnement ces pièces, dont certaines sont visibles quai Branly. "Dans une case, note H. Roth Ling, qui participa à l'expédition, on trouva enfouies dans la poussière des générations plusieurs centaines de plaques de bronze qui rappelaient presque des modèles égyptiens (...). On trouva également d'autres oeuvres de fonte d'une facture admirable et plusieurs défenses d'ivoire somptueusement sculptées."

LENT DÉCLIN

Les musées anglais, allemands et autrichiens raflèrent la plupart de ces pièces. D'autres furent vendus à des particuliers. Les sculptures exposées à Paris viennent de ces institutions, mais aussi du Nigeria qui a pu récupérer ultérieurement certains de ces objets, qui sont intimement liés à l'histoire comme à la tradition religieuse du royaume du Bénin.

On peut voir quai Branly les têtes de bronze qui servaient d'ornements aux autels dédiés aux ancêtres des souverains, têtes surmontées d'immenses défenses d'éléphants entièrement sculptées. Ces effigies, masculines ou féminines, sont engoncées dans des colliers qui leur dissimulent le menton. On peut suivre, à travers l'appauvrissement du style, le lent déclin du royaume à partir du XVIIIe siècle. Les personnages les plus saisissants, coulés en bronze, nains ou messagers, datent, eux, de l'apogée du royaume. Comme les quelque soixante plaques de bronze exposées, incomparables dans l'art africain. Destinées à être accrochées à des poteaux, autour du palais de l'oba, elles sont presque toutes de format rectangulaire.

On y voit des dignitaires posant avec leurs armes, mais aussi des soldats portugais (des mercenaires ?), des personnages de la cour, des cavaliers, des messagers, des musiciens, des chasseurs ou des animaux. Elles exaltent la puissance de l'oba, intermédiaire entre les dieux et les hommes. Mais, dans un continent qui a longtemps tourné le dos à la représentation en deux dimensions pour se consacrer quasi exclusivement à la sculpture, ces plaques tentent de concilier les deux techniques avec des résultats parfois stupéfiants.

Les artistes ont incisé le fond plan d'où se détachent, en ronde bosse, des personnages contenus dans le strict cadre géométrique. Les plus doués arrivent à des compositions étonnantes à l'aide de "mises en page" acrobatiques. Ils combinent, sur plusieurs plans, les prouesses du dessin et la force de la sculpture. Les artistes, dont on connaît des listes de noms, ont-ils vu des gravures tirées de livres apportés par les marchands ou les soldats portugais ?

Une chose est certaine, ces oeuvres impressionnèrent les artistes européens du XXe siècle qui les virent pour la première fois. Des peintres allemands comme Max Pechstein s'en inspirèrent de façon délibérée.

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"Bénin, cinq siècles d'art royal", Musée du quai Branly, galerie Jardin, 37, quai Branly, Paris-7e. Tél. : 01-56-61-70-00. Du mardi au dimanche de 10 heures à 18 h 30, nocturne le jeudi jusqu'à 21 h 30. Jusqu'au 6 janvier 2008. De 6 € à 8,50 €.
Catalogue sous la direction de Barbara Plankensteiner, éd. Snoeck, 536 p., 55 €.