Trente femmes nues et un chien mort dans un drap de satin blanc

Courrier International 2001

Le 24 septembre, une trentaine de femmes entièrement nues sont descendues dans les rues de Brikama [en Gambie]. Elles entendaient ainsi protester contre un rituel de mauvais goût pratiqué, selon elles, par l'opposition : le "sacrifice" d'un chien pour des motifs électoraux. Les habitants de Brikama sont restés bouche bée devant ces femmes en tenue d'Eve, qui sont passées en proférant des incantations contre l'opposition, jugée responsable de cette mise à mort rituelle. Les manifestantes, qui criaient en tapant sur des calebasses vides, se dirigeaient vers le quartier de la caserne des pompiers. C'est là qu'un chien mort, enveloppé dans un linceul de satin blanc, a été retrouvé à la mi-septembre dans des circonstances particulièrement mystérieuses. Les femmes ont protesté, blasphémé, juré et prié pour que l'on démasque les auteurs de cet acte.
La manifestation s'est déroulée dans la soirée, sous le regard de plusieurs centaines de curieux. Certains se sont précipités hors de chez eux pour assister à ce spectacle insolite et sans précédent. Les femmes nues, qui psalmodiaient en langue diola, ont demandé à Dieu de punir l'opposition pour cet acte vil. Elles ont ensuite creusé un trou, autour duquel certaines se sont assises, tandis que les autres continuaient à exprimer leur colère.
Ayant essayé d'interroger l'une d'elles, j'ai essuyé une rebuffade et me suis entendu dire que j'étais trop jeune pour assister à un tel spectacle. Une heure après le début de cette étrange manifestation, les femmes nues sont reparties vers une destination inconnue. Signalons que, dès les premières heures de la journée, The Independent avait signalé dans ses colonnes la présence d'un chien mort qui aurait été tué et enveloppé dans un drap de satin blanc avec quelques bouteilles d'eau, non loin de la caserne de pompiers de Brikama. Pour l'heure, les autorités traditionnelles et religieuses n'ont pris aucune mesure à l'égard de cet incident à caractère rituel, qui a laissé beaucoup de gens sans voix à Brikama.
Lamin Dibba