Nouvelle alerte aux "voleurs de sexe" à Port-Gentil

AFP 17.10.05 | 09h29

Alerte aux voleurs de sexe! Les hommes de Port-Gentil, la capitale économique gabonaise sont gagnés par la psychose depuis début octobre et plusieurs cas signalés de disparition ou rétrécissement de sexe après un simple contact avec un inconnu.
"Je suis passé à côté d'un monsieur qui m'a frôlé au passage. C'est à ce moment que j'ai senti une énergie inhabituelle me traverser le corps. Au niveau du bassin je ne ressentais plus la présence de mon sexe", raconte Yann, 21 ans qui se présente comme l'une des victimes.
"Lorsque j'ai fait descendre la fermeture de mon pantalon, voir ce qui n'allait pas, j'ai été surpris de me rendre compte que mon sexe avait perdu son volume habituel, il était complètement rétréci à la dimension de celui d'un nourrisson", affirme-t-il.
"C'est un monsieur que je ne connaissais pas qui a rétréci mon sexe, après m'avoir serré la main, qu'il m'a tendu poliment en me demandant l'heure", explique Jean-Pierre, 33 ans, autre victime. "J'ai senti des frissons me traverser le corps. J'ai eu peur et quand je me suis rappelé du phénomène de vol de sexe, il était trop tard, le mien avait déjà perdu sa forme normale".
Tous deux affirment avoir retrouvé leur virilité grâce à des prières.
Au total, six cas similaires ont été enregistrés depuis le début du mois dans la capitale économique gabonaise. En ville, le phénomène accapare les discussions et les Port-gentillais veillent en marchant à ne plus frôler des inconnus. Quant aux poignées de mains, elle sont désormais bannies, excepté entre proches parents ou vieux amis.
Le phénomène pourrait faire sourire, s'il n'avait des conséquences graves. Crier au voleur de sexe dans la rue déclenche non l'hilarité, mais la violence immédiate de la foule contre le voleur désigné, qui dans les meilleurs des cas sera conduit à la police après un sévère passage à tabac.
Dernier cas en date à Port-Gentil, un homme a échappé de peu au lynchage ces derniers jours dans une rue du centre-ville, un enfant l'ayant accusé de lui avoir fait rétrécir le sexe après s'être "frotté" en passant devant lui.
"C'est en frappant sur ces personnes que la victime retrouve en quelques minutes sa virilité et la dimension normale de son sexe. Ce qui confirme qu'ils (les "voleurs présumés") sont coupables", justifie doctement le frère aîné de Yann.
La police, elle, avoue un certain embarras: "les cas conduits dans nos postes clament invariablement leur innocence. Nous sommes gênés par le fait que les preuves sont difficiles à fournir de la part des plaignants", admet un policier, sous le couvert de l'anonymat, qui explique qu'il se charge surtout de protéger les "voleurs présumés" du lynchage.
"C'est mystique et magique, ça ne se démontre que sur un plan hautement spirituel", rétorque un nganga (guérisseur traditionnel), maître Augustin Nguindou.
"Le sexe ne disparaît pas; en réalité, il perd tout simplement sa forme initiale et sa virilité. Les sensations qui traversent le corps peuvent être considérées comme la descente de l'énergie vers la zone de l'organe génital, pour un éventuel rétrécissement. La conséquence, si rien n'est fait dans l'immédiat, la victime peut souffrir d'une impuissance sexuelle secondaire", explique-t-il.
Le phénomène n'est pas nouveau: Port-Gentil avait déjà connu une telle psychose en 2001 et un Libérien avait été lynché à mort par la foule et Libreville a également été déjà touchée. Mais il n'est pas non plus circonscrit au Gabon et réapparaît périodiquement depuis des dizaines d'années dans les grandes villes africaines, causant de nombreux morts.