Mangeurs d’âme ?

Courrier International 31 mars 2005

Au lycée Attécoubé d’Abidjan, les élèves de terminale D3 vivent un cauchemar : ils sont accusés d’avoir mangé l’âme de trois enseignants, morts l’un après l’autre fin 2004. Les certificats de décès sont pourtant formels : Gnagne Dorcas est morte d’hypertension, Natchia Charles était atteint de paludisme et Coulibaly Oumar de typhoïde. Mais rien n’y fait : le censeur de l’établissement, Sess Adou, a révélé après le premier décès qu’il avait vu en songe une liste d’enseignants qui ne verraient pas la prochaine année scolaire. Ces morts ne sont pas naturelles, soutient-il. “Pour arrêter l’hécatombe, il faut que les élèves, le corps professoral et les autres employés de l’établissement se confient à Jésus. Je prie pour repérer les autels démoniaques et chasser les esprits qu’ils abritent.” Ngran Liliale, une professeur de philo, n’en démord pas. “Les élèves sont bel et bien des sorciers, et je ne mettrai plus jamais les pieds dans cette classe”, a-t-elle déclaré à l’agence de presse Syfia. Galati Ferdinand, remplaçant de la première victime des mangeurs d’âme, est tétanisé par la peur : “Je les ai suppliés de m’épargner. Ils doivent avoir pitié de nous afin que nous puissions achever l’année scolaire.” Et les acteurs de ce drame urbain “se demandent secrètement s’ils doivent s’adresser à Dieu ou à leurs vieux fétiches”, conclut Le Messager de Douala.