En Côte-d'Ivoire, un macchabée se fait justice

SoirInfo, Abidjan 2003

Dimanche 11 mai, le village d'Azaguié-Blida était en émoi. Une scène digne des mystères de l'Afrique s'y est produite. Un mort a refusé d'être mis en terre. En effet, le jeudi 8 mai, le jeune Mao Aristide Fabrice, apprenti couturier né le 31 août 1985, décède. Trois jours plus tard, après la prière à l'église du village pour le repos de son âme, son corps est conduit au cimetière. Mais, au moment où le cercueil doit être mis en terre, il s'avère que cette manoeuvre est impossible à effectuer. C'est la confusion totale.
Poussés par la force invisible, les porteurs tenant la dépouille mortelle font irruption au domicile de K.A. Mathias, instituteur à la retraite qui revient juste de l'église. Le cercueil, à trois reprises, le percute. L'homme s'écroule et le cercueil se pose carrément sur lui. Au dire des villageois, cela signifierait que l'instituteur est responsable de la mort du défunt. Le vieil enseignant fait des incantations et demande au mort de le percuter une fois de plus s'il est vraiment coupable de son décès par sorcellerie. Le cercueil le cogne une fois de plus avant de ressortir de la cour sous les huées de la foule.
Le cercueil conduit les porteurs cette fois au domicile d'Etché Monney, un vieux planteur également doyen de la famille du défunt, et reprend le même scénario en le cognant à plusieurs reprises. L'homme est ainsi, lui aussi, désigné comme responsable de la mort du jeune couturier. Le domicile de Loba Loha dit Abobo, absent pour raison de voyage, est lui aussi visité par le cercueil. La foule se déchaîne et tente de lyncher les deux présumés sorciers.
Le chef de village fait appel aux gendarmes afin d'éviter qu'il y ait mort d'homme comme cela avait été le cas l'année dernière dans ce même village. Les forces de l'ordre ont pu assurer la sécurité des accusés. Mais que de difficultés avec la foule en colère ! Et, comme enfin satisfait, le cercueil prend la direction du cimetière. Après des processions faites par la mère du défunt et même les gendarmes, le cercueil accepte d'être mis en terre. Il est 19 heures. Le lendemain, le chef convoque une réunion élargie à tous les villageois. Interrogés sur la place publique, les deux présumés sorciers, en l'absence du troisième, nient être les auteurs de la mort du défunt. Cependant ils s'engagent à rembourser tous les frais occasionnés par les funérailles du jeune couturier.
Kikie Ahou Nazaire