GHANA • La CAN côté cour et hors des stades

Le Soleil 31/01/2008

L'envoyé spécial du Soleil de Dakar raconte son voyage à travers le Ghana, pays organisateur de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) de football, suivie avec ferveur par des millions de téléspectateurs en Afrique et dans le monde.

Le périple à travers le Ghana devait commencer par le commencement, c'est-à-dire avec le match d'ouverture Ghana-Guinée au Ohene Djan Stadium d'Accra. Mais, comme on le dit, pour paraphraser un célèbre dicton, les voyagistes proposent et les compagnies aériennes disposent. A cause de retards cumulés au départ de Dakar puis d'Abidjan, ceux qui voulaient assister au choc inaugural entre les Black Stars et le Syli National ne verront en fait que les cinq dernières minutes du match sur la télé du Kotoka International Airport d'Accra, avec le but de la victoire en toute fin de match, qui a déclenché le tonnerre sur Accra et certainement sur tout le Ghana.

Il était alors pratiquement impossible de circuler car les rues de la ville étaient prises d'assaut par les automobilistes et des motocyclistes ivres de bonheur qui conduisaient tous feux allumés et klaxons à fond, bravant toutes les règles de conduite. C'est que cette conclusion tardive avait provoqué une formidable explosion de joie, libérant d'un coup la poitrine de 19 millions de Ghanéens anxieux jusqu'au bout. S'ajoutant au carrousel des automobilistes, des hordes de supporters tricolores (rouge, jaune et noir) avançaient par grappes humaines, chantant et dansant tout en jouant de la musique avec toutes sortes d'instruments et d'ustensiles. C'était les maîtres du macadam. Il a fallu deux heures pour arriver à notre hôtel, pourtant distant seulement d'une dizaine de kilomètres.

Dans les rues, les visages sont chiffonnés par la gueule de bois, la fête a été bien arrosée, mais aujourd'hui est un autre jour et les activités doivent reprendre. C'est la grande circulation du lundi (comme à Dakar), il y a des embouteillages partout, on se demande quand est-ce qu'on pourra sortir de ce magma de voitures et de camions pour prendre la route du littoral. C'est un motard de la police qui nous a frayé un passage dans cette infernale circulation. Après avoir sorti la caravane de la grande agglomération et l'avoir mise sur le chemin du littoral, le motard a pu décrocher avec la satisfaction du travail bien fait. On a pu alors découvrir le luxuriant paysage de l'ouest du Ghana, qui fait penser fortement à la verte Casamance. Sur cette route inachevée qui relie Accra à Takoradi-Sekondi sur 218 kilomètres, la caravane roulait à deux vitesses. A vive allure quand l'asphalte nouvellement posé le permettait, puis à l'allure d'une tortue sur les tronçons encore aux mains des terrassiers, avec moult déviations.

Takoradi et Sekondi ont comme toutes les villes du Ghana, qui bénéficient d'une bonne infrastructure routière, avec des chaussées très larges, des ponts, ronds-points et de petits échangeurs un peu partout. Mais aujourd'hui, c'est jour de match et il y a un embouteillage inhabituel pour la ville. Des centaines de Béninois, d'Ivoiriens, de Maliens et de Nigérians sont venus par la route, en car ou en voiture. C'est un grand rendez-vous ouest-africain. Les supporters ivoiriens ont érigé leur grand campement en face du Takoradi Polytechnic, avec des stands de nourritures diverses, une grande estrade où se succèdent les groupes pour une ambiance non-stop. Attieké, kedjenou, foufou, sauce graine, poulets et poissons braisés, bière et vin à gogo, la sono à fond tandis que des groupes de danseuses callipyges se trémoussent aux rythmes endiablés du coupé-décalé ou d'un sulfureux dombolong. Aux déhanchements sataniques des unes, les autres répondent par des vibrations intenses et en sens contradictoire de leurs fesses, qui semblent montées sur des roulements à billes, de quoi damner définitivement un honnête homme.

C'est en avion que la délégation va rallier la capitale des Ashantis, Kumasi. A l'aéroport d'Accra, la vue du vieil appareil de la compagnie Antrak Air laisse les Sénégalais Ousmane Diop, Cheikh Ba et Abdoulaye Badiane très circonspects. Ils n'ont qu'une confiance très limitée dans les petits avions des vols intérieurs africains. Pourtant, le vol est sans histoire et l'atterrissage impeccable. Kumasi, c'est le fief des Camerounais, qui sont venus plus nombreux que les Egyptiens, les Soudanais et les Zambiens. Les cohortes de supporters des Lions indomptables sillonnent les rues vallonnées de la ville, essayant de mettre de l'ambiance un peu partout. Mais la tâche n'est pas aisée puisque les Ghanéens n'en ont que pour leurs Black Stars.

On croirait que c'est plutôt un match Ghana-Cameroun qui va se dérouler, tant les supporters des deux pays rivalisent d'ardeur en chantant, en dansant, mais aussi en s'invectivant mais dans un esprit très sportif. C'est oublier trop vite l'Egypte. Et, dès le départ, les Pharaons vont rappeler à tout le monde que les champions d'Afrique ce sont eux et personne d'autre. Cueillis à froid, les Lions indomptables sombrent en première période (3-0), tandis que leur chorale, hébétée, reste muette. Dans les tribunes, les supporters sont groggy, K.O.

A Tamale, dès la descente d'avion on est assailli par un vent sec et chaud. C'est le sévère harmattan du nord du Ghana qui assèche la peau et gerce les lèvres. C'est un paysage de savane, comme dans la majeure partie du Sénégal, qui s'offre à nous. Tout au long des 12 kilomètres qui séparent l'aéroport de la ville, on se croirait au Burkina Faso.

Le match contre la Tunisie se termine par un décevant nul alors que les Lions avaient les moyens de s'imposer. L'ambiance est mi-figue, mi-raisin au sein de la délégation sénégalaise mais au moins l'honneur est sauf et la qualification toujours possible. C'est ce que l'on croyait jusqu'à la terrible déconvenue angolaise. Kumasi, où les Lions vont jouer leur dernier match, ne sera probablement qu'un lieu de transit dont les supporters n'auront pas le temps de découvrir les richesses historiques et culturelles.

Jean-Marc Diakité
Le Soleil