LE MONDE | 10.01.02

 

En Casamance, pour être un homme, il faut s'initier

"Je suis maintenant un homme", lance Bassène, à sa sortie du bois sacré d'Oussouye, en Casamance, au sud du Sénégal, le 30 décembre. Vêtu de paille et le visage enduit de poudre noire, comme une centaine d'autres garçons plus ou moins jeunes, il achève ses trois mois d'initiation passés dans la forêt sacrée.
Le gros bourg, situé à une quarantaine de kilomètres de Ziguinchor, fête l'événement. Au son des sifflets, grelots, pétards et tirs de fusils, les nouveaux initiés, encadrés par leurs guides - des hommes déjà initiés -, sont accueillis par la foule dans une proche clairière. "J'ai 30 ans, explique Bassène. Mais avant cette initiation, j'étais considéré comme un enfant. Je n'avais pas droit à la parole au conseil du village. Je ne pouvais pas me marier, avoir des enfants légitimes. Maintenant, j'ai droit à la considération." Ici, en pays diola (ethnie à majorité chrétienne et animiste installée en Casamance), comme dans la plupart des sociétés traditionnelles d'Afrique et de l'hémisphère Sud, l'initiation est un passage obligé. Un peu, comme le furent, chez nous, le service militaire, le bizutage ou, aujourd'hui encore chez les chrétiens, le catéchuménat.
En quoi consistent les rites initiatiques ? Il est impossible à un non-initié de le savoir précisément, et il lui est interdit de s'aventurer dans les bois sacrés en période d'initiation, sous peine de graves problèmes. "L' initiation comprend la circoncision et l'apprentissage de la vie en communauté", explique sobrement Bassène. Le contact avec la modernité n'a pas empêché la perpétuation de cette tradition ancestrale. Mais, en Casamance, le conflit armé qui sévit depuis plus de dix ans avait entraîné la quasi-interruption de cette tradition pendant plusieurs années. Ce n'est que récemment que la région a renoué avec cette pratique. Au grand bonheur de plusieurs milliers de jeunes Casamançais qui attendent de passer cette épreuve pour être considérés comme des hommes.
Domitille Hazard