Du chien au menu des Congolais affamés 

Le Monde 11/ 09/2003                                                        

Manger du chien ! L'affaire a fait scandale lors de la Coupe du monde de football 2002, organisée en Corée du Sud. Les organisations de défense des animaux n'ont pas hésité à parler de "barbarie" et de "cruauté" pour condamner les supplices infligés aux chiens : finir dans les petits plats. En Asie, la viande canine est pourtant réputée pour ses valeurs nutritives. Abattu par strangulation ou par ébouillantage, le chien aurait même des effets aphrodisiaques.
La tradition asiatique s'est depuis peu exportée en Afrique. En République démocratique du Congo, précisément. Pas par goût, mais par nécessité. La population congolaise manque de nourriture, de viande en particulier. Après des années de guerre, non seulement les cheptels de vaches et de chèvres n'ont pas été renouvelés mais aussi les chasseurs, craignant d'être attaqués, n'osent plus s'aventurer dans les coins reculés du pays. Conséquence : chiens et chats auraient remplacé vaches et chèvres dans les assiettes congolaises, rapporte le journal en ligne afrik.com.
Apprécié dans quelques milieux culturels du Kasaï (centre), le chien ne fait pourtant pas partie de l'art culinaire des Congolais, qui le considèrent surtout comme un animal domestique. Mais, en ces temps de pénurie et de famine, les habitants les plus indigents ont laissé leurs principes de côté et n'hésitent plus à se restaurer dans les nganda de leur quartier, ces petits restaurants bon marché qui servent du chien au déjeuner. La consommation de viande canine, lancée à Kinshasa, se serait étendue à de nombreuses régions de la RDC. Selon afrik.com, qui cite la radio Okapi - la radio de la Mission des Nations unies en RDC (Monuc) -, des chasseurs de la région de l'Equateur se seraient même plaints de voir disparaître leurs bêtes au fil des jours. Les soldats du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) - mouvement rebelle représenté dans le gouvernement de transition - sont montrés du doigt.
Chrystelle Barbier