Comment l’excision recule au Burkina Faso

Le Monde Diplomatique AOUT 2006

Pour quelques jours, c’est encore la saison sèche au Burkina Faso. Bientôt, on ne passera plus à Bissiri, petit village de brousse situé à une cinquantaine de kilomètres de Ouagadougou, la capitale. Une trentaine de maisons en briques, éparpillées sur plusieurs mètres carrés, parfois précédées d’une cour fermée par un mur. Sous un gros arbre, une cinquantaine de personnes attendent. Membre du Comité national de lutte contre la pratique de l’excision (CNLPE), Mme Aminata Ouedraogo se réjouit : « Ils sont motivés, c’est déjà ça. » Le sont-ils par l’intérêt supposé de ce qu’on va leur dire ? Par la perspective d’une distraction ? Par le défraiement que les chefs reçoivent ? En tout cas, ils sont là, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre.
Avec trois collègues du CNLPE, Mme Ouedraogo est venue animer une des dernières « causeries éducatives » de la saison. Leur relais sur place, un jeune garçon d’une vingtaine d’années, vêtu d’une chemise en tissu imprimé reproduisant l’affiche de la Journée internationale de la femme, commence un discours en moré, seule langue que tous comprennent. Pendant dix minutes, il parle d’un ton monocorde. Mme Ouedraogo marmonne : « Ça ne va pas. » Elle se lève, et renvoie le jeune à sa place. Le public attend.
Et c’est un feu d’artifice. Elle mime, saute d’un pied sur l’autre, va vers les femmes, se tourne vers les hommes, pose des questions, fait participer les uns, puis les autres. Elle tire la langue. « Vous savez à quoi ça sert, ça ? » Certains répondent. « A manger. » « A lécher » (ricanements). « A goûter. » « Voilà, à goûter. ça sert à sentir ce qui est bon et ce qui ne l’est pas. On ne vous l’a pas coupée, la langue ? Vous l’avez toujours ? » Acquiescement. « Alors pourquoi, plus bas, on coupe ? » Hurlements de rires. Mais hurlements qui oscillent, puis s’arrêtent, le temps que la remarque fasse son chemin. La partie est gagnée : pendant une heure, Mme Ouedraogo va développer les arguments contre l’excision, les relier aux droits fondamentaux, mettre en parallèle les différentes coutumes en montrant qu’il n’y a là rien d’universel, démonter l’argument religieux, prendre l’Europe en exemple pour prouver que des femmes non excisées peuvent aussi bien accoucher et se marier que les autres...
Depuis novembre 1996 (lire « Un des combats de Thomas Sankara »), l’excision est interdite au Burkina Faso, sa pratique sanctionnée par le code pénal. Et, plus étonnant, la loi y est appliquée. A Kogolonaba, dans un quartier excentré de Ouagadougou, se trouvent les locaux du CNLPE. Rien n’y sent la richesse, sinon quelques lourds véhicules 4 x 4 blancs frappés du logo du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef). Bureaux surpeuplés, peinture qui s’écaille, couloirs encombrés de sacs de ciment. Quelques ordinateurs seulement trônent sur les tables. Il est interdit, vu le coût de la communication, d’appeler vers un téléphone portable depuis le bureau.
Au mur sont punaisées des affiches contre l’excision, naïves, cruelles et crues. Ici, une jeune femme, entourée de masques africains, tient ses mains devant son sexe, conque noire d’où sourdent quelques gouttes rouges de sang. Le slogan s’étale : « Dites non à la pratique de l’excision ! » Là, une poignée d’hommes et de femmes, fonctionnaires, tentent de lutter contre le mal. Des convaincus, des militants. Sans nuances. Pas de considération multiculturelle ici, pas de réévaluation du poids des traditions. Un mot d’ordre, un seul : faire reculer la pratique. Sociologues, chercheurs, agents publics s’y retrouvent. Depuis 1990, quarante-cinq comités provinciaux de lutte contre la pratique de l’excision (CPLPE) agissent, multipliant les déplacements sur le terrain. Car le vrai, le premier problème est l’information : aller dire dans chaque village que tout a changé, que ce qui était permis hier est interdit aujourd’hui.
Il faut se représenter le Burkina Faso, l’un des pays les plus pauvres du monde (1), vaste étendue de terres souvent arides située en pleine zone sahélienne, vivant mal d’une économie essentiellement paysanne, aux mains d’un régime politique qui oscille entre arrangements avec la démocratie et périodes de durcissement. Soixante ethnies y cohabitent, qui parlent des langues différentes, avec un taux d’alphabétisation très bas (2). Quatre-vingt-cinq pour cent des habitants vivent à la campagne. Les villages sont éparpillés dans la plaine, souvent éloignés les uns des autres ; les routes goudronnées sont rares et la saison des pluies isole certaines régions pendant des mois. La première difficulté consiste à vaincre l’éloignement, les kilomètres de piste, la boue laissée par la pluie, le manque de véhicules, de haut-parleurs, même de piles pour les magnétophones... A Béré, un petit village de la province du Bazéga, une association locale, Mwangaza Action, anime une journée d’ateliers à destination des chefs coutumiers. De longues heures de travail commencent, décomposées en modules très précis. Il faut amener les intéressés à comprendre d’eux-mêmes l’absurdité de leurs positions plutôt que de leur imposer de prétendues évidences. « La loi, c’est bien, affirme ainsi M. Roger Belensigri, sociologue travaillant à Béré. Mais ça ne sert à rien tant que les gens ne sont pas convaincus. » Commence alors une longue suite d’exposés, dans la salle de réunion du village. Fine, habillée d’une belle robe bleue, montée sur des talons aiguilles blancs, Mme Amila Tapsora, membre de Mwangaza, déroule le programme en moré. Les panneaux sont écrits à la main sur du papier kraft, le ruban adhésif est parcimonieusement utilisé. Les chefs sont plus ou moins attentifs. L’un d’eux s’endort. Deux jeunes rient dans leur coin.
La séance s’ouvre par une heure de cours sur les organes génitaux féminins, accompagnée de dessins au réalisme assez cru. Impassible, Mme Tapsora montre, avec une règle, de quoi il s’agit, après avoir demandé à deux volontaires de préciser ce qu’ils connaissent desdits organes. Pour ce qui est de l’externe, ils s’en sortent à peu près. Mais les détails plus internes et les subtilités de la reproduction leur sont inconnus ou à peu près. Ricanements et plaisanteries sont légion pendant cette étape.
Puis, insensiblement, l’étau se resserre. Que savent-ils de l’excision ? Que savent-ils du pourquoi de l’excision ? Quel est, selon eux, le discours de la religion sur l’excision ? Les coutumes, les prétextes sont décortiqués, les certitudes de plus en plus ébranlées. Quand la journée s’achève, tout le monde est visiblement fatigué. Un homme a protesté parce que c’était le jour de la fête du Mouloud (qui célèbre la naissance du prophète Mahomet), et qu’on l’attendait chez lui. Un autre est parti. Mais plusieurs ont manifesté de l’intérêt, et aucun n’a violemment rejeté ce qui se disait, comme cela s’était parfois produit dans le nord du pays. Qu’en restera-t-il ?
Le soir, les animateurs font le point. M. Belensigri y croit, Mme Séverine Zongo, sa collègue, exprime des doutes. Cela fait plusieurs mois déjà qu’ils sont là, et ils resteront encore six mois sur place. Elle énumère les difficultés auxquelles ils se heurtent : manque de moyens face à des demandes en augmentation, pesanteurs sociologiques, clandestinité grandissante... « Le vrai pari, c’est d’arriver à convaincre les chefs coutumiers, explique M. Drissa Sawadogo du bureau des affaires sociales de la province du Bazéga. Ils ont peur que cela sape leur influence, ce que confirme souvent à leurs yeux la désinvolture des jeunes. » Détenteurs d’un vrai pouvoir dans les villages, ils ont une influence supérieure même à celle des chefs religieux.
Certains se sont déjà laissé convaincre. Les gens présents à Béré se souviennent de la triomphale journée du 3 mai 2003, quand vingt-trois villages ont, ensemble, fait une déclaration commune d’abandon de la pratique de l’excision. Cinq mille personnes assistaient à la cérémonie, recouvrant comme une armée la place du village. Depuis des mois (de décembre 2000 à mars 2002, avec une interruption due à la saison des pluies), Béré, Bindé et d’autres villages avaient suivi un programme d’information et de sensibilisation qui abordait droits humains, planning familial, condition de la femme...
Ce fut jour de fête. La télévision et la presse du pays (qui, la plupart du temps, ne se déplace pour un reportage que s’il y a une rémunération en perspective) étaient là. Une tribune était dressée pour l’occasion. Il faisait chaud, mais on avait sorti les plus beaux costumes. Une femme est montée à la tribune. Elle a lu la déclaration : « Nous pratiquions l’excision parce que nous pensions que c’était une bonne chose pour nos enfants, parce que nous étions analphabètes, parce que nous ignorions les conséquences d’une telle pratique sur la santé, parce que nous ignorions que tout être humain a des droits, comme celui de disposer de son corps. » Le message est clair : c’est de l’ignorance que naît l’obscurité, c’est par l’éducation que viendra la lumière.
Nord du pays, province d’Oudalan. M. Karamoko Traoré est chef coutumier. La cinquantaine, quelques boucles grises dans une barbe courte, la tête ceinte d’un chapeau traditionnel, le boubou bleu et blanc. Toute cette agitation autour de l’excision l’amuserait presque. « On a toujours excisé. C’est la tradition. Pourquoi faudrait-il changer ? Si on ne les opère pas, les filles courent partout. Pour qu’elles arrivent vierges au mariage, il faut qu’elles soient excisées. Et c’est plus hygiénique. Dans le village de mon beau-frère, il y a des femmes qui ne sont pas excisées. Elles sont folles. » Folles comment ? Il sourit, mais ne répond pas. « Nous avons toujours eu du plaisir avec nos femmes. Aujourd’hui, les jeunes ne respectent plus nos coutumes. C’est pour ça qu’il y a le sida, que le divorce augmente et la prostitution aussi. Les premiers musulmans se cachaient pour prier, et ils ont fini par gagner. Ce sera pareil pour ceux qu’on oblige à exciser en cachette. Moi, j’ai voulu que mes filles soient excisées. J’ai fait mon devoir. A elles de faire le leur. »
Ces arguments peuvent se multiplier. Ainsi entend-on dire que le clitoris contient des vers (confusion souvent faite avec les sécrétions vaginales liées à une mauvaise hygiène intime), qu’il rendrait l’homme impuissant, que le fait que la tête du bébé le touche le tuerait à la naissance... Plus sérieuse est l’idée de l’initiation, l’excision faisant souvent partie d’un rite. Mais que signifie ce rite quand on mutile les enfants de plus en plus jeunes, parfois à quelques mois seulement ?
Evoquer la perte du plaisir se révèle en revanche inutile, comme le constate le sociologue Zachari Congo. « La plupart des femmes excisées l’ont été vierges, et elles ont du mal à réaliser ce qu’elles ont éventuellement perdu. Pour lutter, il vaut beaucoup mieux mettre en avant les arguments sanitaires. On peut concevoir de renoncer à exciser pour faciliter l’arrivée d’un enfant. Pas pour que les femmes augmentent leur plaisir sexuel. »
Souvent, c’est la crainte d’obéir « au Blanc » qui se manifeste. Le journaliste Boubacar Traoré écrit ainsi dans un édito intitulé « Ne condamnez pas l’excision (3) » : « A bien des égards, le combat contre l’excision témoigne également d’un fulgurant choc des cultures. Comment expliquer à une vieille exciseuse du Mali, dont les compétences ont été transmises par sa mère, qui les tenait de sa mère, que son activité est aujourd’hui un crime ? Il est des pratiques qui peuvent nous paraître, avec une vision occidentale, pour le moins sauvages, mais qui s’inscrivent en d’autres lieux comme un rite banal. Toutes proportions gardées, vous trouverez plus d’un Africain scandalisé de voir que beaucoup d’Occidentaux n’hésitent pas à se débarrasser de leurs propres parents, une fois qu’ils sont devenus vieux, pour les placer à l’hospice. »
L’éducation a dû s’appuyer sur sa vieille compagne, la répression. Depuis novembre 1996, une loi condamne l’excision. Elle prévoit des peines d’emprisonnement de six mois à trois ans pour les exciseuses, et de cinq à dix ans en cas de mort de la victime, plus une amende de 150 000 à 900 000 francs CFA (de 229 à 1 372 euros). Pour les médecins, c’est le maximum de la peine et l’interdiction d’exercer pendant cinq ans. Ceux qui souhaitent alerter ont à leur disposition un numéro vert, le 80-00-11-12, celui de SOS-Excision. « Sans ça, même le coût de la communication pouvait dissuader les gens. » C’est ce numéro qui sonne sur le bureau du gendarme Antoine Sarron. Cette fois, un voisin signale qu’une excision se prépare dans une cour, zone de Tampoui, à Ouagadougou. Avec deux autres agents, M. Sarron monte dans la voiture de la gendarmerie et démarre.
Tampoui : un de ces quartiers pauvres comme il y en a de plus en plus autour de Ouagadougou, même si pointent au loin les constructions de « Ouaga 2000 », la nouvelle ville « à la Brasilia » qui se bâtit. Une rue non bitumée d’où s’envole la poussière dès qu’un véhicule passe, des mendiants qui dorment à même le sol, un canal pour l’écoulement des eaux, des boutiques qui vendent de tout, des « maquis », petits restaurants populaires à l’intérieur desquels grésillent des abats de mouton. La voiture s’arrête devant une maison, provoquant tout de suite un attroupement. Le gendarme sort et frappe. Aussitôt, remue-ménage dans la rue, plus curieux qu’agressif. Tant mieux. Plus ils seront nombreux à voir et à entendre, plus le message portera.
Une femme vient ouvrir. Sait-elle de quoi il s’agit ? Dans son œil passe la vieille lueur de ceux qui attendent la police et espèrent bien la gruger. « Bonjour. Je suis gendarme. Nous avons reçu un coup de fil nous prévenant qu’il allait y avoir une excision. » Silence. Un homme arrive. « Une excision ? Ici ? Non. » M. Sarron a déjà compris qu’il est à la bonne adresse. Les dénégations de l’homme sont à la fois trop fortes et pas assez convaincantes. II pénètre dans la cour avec les deux autres gendarmes. Deux petites filles y jouent. Laquelle des deux doit être opérée ? Les deux, peut-être...
Il est encore temps d’empêcher la chose. Lui aussi, il explique. Il rappelle que l’excision est prohibée, essaie de justifier le pourquoi de l’interdit. En face, sans avouer, la maisonnée ne nie même plus. Après une heure de discussion, M. Sarron repart. A-t-il convaincu ? Il l’ignore. Mais il préfère prévenir que réprimer. « Maintenant, ils savent. J’espère que le message va passer. Beaucoup d’excisions ont encore lieu parce que les gens sont ignorants. S’ils le font quand même, on le saura. Et, du coup, je devrai sévir. »
En province, c’est la brigade de gendarmerie locale qui se rend sur place. Mais ils sont encore quelques-uns, trop, à passer outre. Même en ville. Ouagadougou a été bouleversée, il y a deux ans, par l’arrestation et la condamnation d’une certaine « dame Barry ». Le 15 août 2004, elle et treize de ses complices étaient arrêtés dans le quartier de Tanghin, en pleine ville. Seize fillettes venaient d’être excisées, toutes avec la même et unique lame. « Dame Barry », 70 ans, avait déjà été incarcéré quatre fois pour excision. Elle prenait 250 francs CFA (38 centimes d’euros) par opération. Cette fois, elle a écopé de six ans de prison.
Peu après, le 16 août 2004, on découvrait cinq victimes à Massé, dont l’une, âgée de 2 ans, devait décéder. Le grand-père avait sollicité l’excision. L’exciseuse, une nommée Bila Kaboré, avait pourtant été sensibilisée et avait juré d’arrêter. Un mois plus tard, en septembre 2004, dans la province du Nahui, c’est une fillette elle-même qui demandait à se faire exciser parce que ses copines se moquaient d’elles. Là encore, l’exciseur avait déposé ses couteaux, mais les fétiches lui avaient dit qu’il mourrait dans l’année s’il ne le faisait pas.
L’inévitable danger lié à toute prohibition se développe, à savoir le refuge dans la clandestinité. On excise en cachette, on excise de plus en plus tôt, des fillettes de quelques jours parfois, parce que c’est plus facile. Régulièrement, les gens des villes vont à la campagne, où l’on voit parfois de somptueux véhicules tout-terrain s’arrêter devant la porte d’une exciseuse. Des parents vont au Mali ou au Ghana, où aucune loi n’interdit la pratique. Il n’y a pas encore eu de condamnations prononcées pour des excisions faites à l’étranger. L’hygiène y est encore plus improbable, les tarifs augmentent. Dans quelle proportion ? Difficile de le savoir.
Les « poches de résistance » sont encore nombreuses. Seize provinces sont toujours identifiées comme étant à forte prévalence. Pour les exciseuses, qui se transmettent leur charge de mère en fille, le métier devient de plus en plus rentable en raison de la clandestinité. « J’ai observé ma grand-mère pendant dix ans, puis j’ai pris le relais, explique une femme de Markoye, dans la province d’Oudalan. J’ai excisé de 22 à 46 ans. J’étais contactée par les mères. J’ai arrêté le jour où une petite fille a failli mourir. »
Certaines pourtant abandonnent, et on commence dans certains pays, dont le Burkina, à voir des exciseuses arrêter. Mais que faire ensuite de ces femmes, dont on a confisqué le gagne-pain ? Un débat s’est ouvert sur la nécessité pour l’Etat de leur procurer un travail de substitution (4). Présidente du CNLPE, Mme Félicité Bassolé s’oppose à cette solution. Elle y voit à la fois une légitimation de leur activité antérieure et l’occasion pour elles de faire du chantage si ce qu’on leur propose en échange ne leur convient finalement pas. « Je ne veux pas les reconvertir car les reconvertir, c’est aussi les reconnaître », proteste Mme Bassolé.
Beaucoup reste à faire. Certes, le CNLPE n’est pas un outil parfait. Bien que dénué de moyens, sans toujours le réel pouvoir d’atteindre les objectifs qu’il s’est fixé, impuissant à juguler la montée des excisions clandestines, il a obtenu des résultats. Ainsi une étude de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) constatait-elle, en 2001, à la fois le maintien de la pratique dans quatorze provinces burkinaises sur quarante-cinq, et sa diminution le long de l’échelle des âges ; 75,4 % des femmes de plus de 20 ans étaient excisées, taux qui est tombé à 43,6 % pour les filles entre 11 et 20 ans, et à 16,3 % pour celles entre 5 et 10 ans ; 58,72 % des femmes musulmanes l’étaient. L’information sur place a grandement progressé. 90 % de la population savent désormais que la loi existe. Ceux qui la transgressent ne peuvent donc ignorer ce qu’ils font. Et ce qu’ils risquent.
Selon un rapport du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) sur l’excision, trois millions de femmes africaines sont mutilées chaque année. Dans la lutte contre cette pratique, essentiellement rituelle et coutumière, il existe toutefois, depuis longtemps, un précurseur : le Burkina Faso. D’autres suivent. Ainsi, le 12 mars, des femmes représentant cinquante-neuf villages – cinquante-deux sénégalais et sept maliens – ont officiellement procédé à une déclaration publique d’abandon des mutilations sexuelles. Plus largement, seule l’instauration d’un environnement socio-économique et éducatif favorable à l’émancipation des femmes peut faire évoluer la situation...
HUBERT PROLONGEAU.

(1) Le Burkina est classé 175e sur l’échelle du développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), qui compte cent soixante-dix-sept pays.

(2) 8,1 % des femmes de plus de 15 ans et 18,5 % des hommes de plus de 15 ans seraient alphabétisés selon le PNUD.

(3) Afrik.com, 18 février 2003 : www.afrik.com/article5691 .html

(4) En Guinée, certaines exciseuses ont menacé de reprendre leur activité si elles n’étaient pas mieux subventionnées, et des jeunes n’ayant jamais pratiqué se sont déclarées comme exciseuses abandonnant le métier pour avoir droit à ce travail de remplacement.