BURKINA FASO • Révolte contre la flambée des prix

Courrier International 05/03/2008

Fin février, des émeutes ont éclaté dans plusieurs villes pour protester contre l'aggravation des conditions de vie. Le quotidien Le Pays est allé à la rencontre des clients d'un marché de Dédougou, dans l'ouest du pays.

"La vente de quelques cubes de potasse me permettait de chauffer la marmite le soir. Mais, depuis le début du mois de janvier, les choses coûtent si cher que même avec la vente de deux centaines de cubes, vous ne pouvez pas vous acheter deux boîtes de mil. Pour ma part, je crois que la mort vaut mieux que cette vie de misère." Ces propos sont de Hagnaniza, sexagénaire et vendeuse de potasse dans un angle du marché de Dédougou. En effet, les propos de la vieille dame illustrent parfaitement la difficile condition de vie de certaines populations de Dédougou depuis la flambée des prix des produits de première nécessité.

Du savon au sel en passant par les céréales, l'huile, le lait, le beurre de karité, tout, ou presque, a connu une flambée des prix. Ce qui a fait dire au catéchiste Michel Traoré qu'il faudrait intensifier les prières afin que les choses changent positivement. Cette approche ne semble pas convaincre Massita Konaté, vendeuse de beurre de karité. "Nous sommes obligées de diminuer le poids de la boule de beurre de karité et de soumbala [condiment], autrement, nous allons végéter et mourir avant l'heure." Et sa voisine de conclure, fataliste : "C'est la fin du monde qui s'annonce."

Cette grogne est perceptible aussi bien chez les commerçants que chez les acheteurs. Moussa Mané, boutiquier au marché de Dédougou, raconte : "Nous avons perdu beaucoup de clients. Le prix des produits n'est plus à leur portée. Auparavant, je pouvais faire des recettes de plus de 125 000 francs CFA par jour [190 euros]. Mais, aujourd'hui, je ne gagne même pas la moitié de cette somme. Je me vois parfois obligé de céder certaines marchandises à crédit aux plus fidèles clients en espérant qu'ils reviendront régler la note." Ces dires sont confirmés par Irène Bassolet. "L'échéance de nos dettes a été allongée, sinon c'était grave. Le prix des produits a augmenté alors que les salaires sont restés en l'état. Avec 500 francs [0,80 euro], je pouvais faire le marché. Actuellement, il faut au minimum 1 000 francs [1,60 euro]. Si rien n'est fait, la délinquance et la prostitution vont s'accroître", lâche-t-elle. Selon elle, la flambée des prix des produits aura des conséquences fâcheuses sur les jeunes, qui se livreront au vagabondage sexuel ou tomberont dans la délinquance à la recherche d'espèces sonnantes et trébuchantes. Pour éviter ces dérives, elle propose que l'Etat fasse un effort en augmentant les salaires et/ou en créant des emplois pour les jeunes.

Dans les boutiques et au marché, ce n'est pas l'affluence des grands jours. Les vendeuses de légumes, de céréales et d'effets d'habillement n'ont pas bonne mine. Le regard absent, Mamina Séré nous confie : "Le marché est lent. Depuis six heures que je suis arrivée, je n'ai pas vendu pour plus de 175 francs [0,30 euro] de marchandises." Elle présente les jetons : une pièce de 100 francs et 3 pièces de 25 francs. Et sa voisine de se demander de quoi sera fait demain. Rares sont ceux qui échappent à cette réalité. Pire, certains produits de première nécessité, comme le savon Citec, ont disparu des rayons de la quasi-totalité des boutiques à Dédougou.

Même le prix du savon traditionnel a connu une hausse, si bien qu'il n'est plus à la portée de certains, comme cette vieille dame qui nous a confié qu'elle ramassait des tiges de mil pour en faire de la potasse afin de laver ses habits, comme du temps de Faidherbe [colonisateur français]. Cette situation ne fait que des mécontents. Les pauvres s'appauvrissent davantage et finalement ce sera le dénuement total car ils n'arrivent plus à manger à leur faim, ni à se soigner, et sont exposés à toutes sortes de maladies. Aussi, certains enfants scolarisés risquent d'abandonner l'école car la flambée des prix des produits de première nécessité vient s'ajouter à la misère des populations, déjà touchées par l'arrêt prématuré des pluies.

Serge Coulibaly
Le Pays