Bandundu
Un homme-crocodile arrêté à Bolobo

Le Potentiel 16 mai 2006

Les crocodiles les plus dangereux, il y en a plein dans les cours d’eau de la République démocratique du Congo. Mais ceux qui semaient la panique sur les rives du fleuve Congo à Bolobo avaient ceci de particulier : après l’attaque, les vêtements, les souliers, les bijoux et l’argent des baigneurs disparaissaient.
Depuis quelques mois, les berges du fleuve Congo au niveau de la cité de Bolobo, dans le district des Plateaux au Bandundu, devenaient désertes à la tombée de la nuit. C’était donc la peur bleue pour ces hommes et ces femmes hantés par des drôles de crocodiliens qui pourtant, ne dévoraient personne. La vérité a fini par éclater.Les crocodiles de Bolobo n’étaient que des humains, membres d’une association de malfaiteurs opérant sous l’eau.
Jusqu’au mois d’avril dernier, frère Moyelo, membre de la respectable Congrégation des Témoins de Jéhovah, passait pour un saint. Originaire de Bongende, un village situé à 8 Km de Bolobo, ce quinquagénaire avait pêché beaucoup d’âmes pour Christ-Jésus. Pourtant, il faisait partie de ces hommes-crocodiles qui se recrutaient surtout parmi les pêcheurs lokélés installés à Bolobo. Mais une nuit, sa supercherie fut mise à nu; car il eut plus fort que lui.
Moyelo et ses compères avaient trouvé une astuce géniale. Lorsque les gens allaient se baigner au fleuve au-delà de 20h00’, ces malfaiteurs embusqués sur une berge avoisinante plongeaient et nageaient sous l’eau jusqu’à l’endroit de la baignade. Là, ils happaient l’un des baigneurs qui était sitôt immergé. Ces bandits faisaient ensuite gober des gorgées entières à la victime, tout en la soumettant à toutes sortes de sévices corporels. Après avoir assez brutalisé le baigneur captif, ils le relâchaient.
En émergeant tout frissonnant avec les yeux rougis, celui-ci criait au secours, convaincu d’avoir été attaqué par un crocodile. Aussitôt alertés par le rescapé, les autres baigneurs décampaient sans demander leur reste. Dans ce sauve-qui-peut, ils s’enfuyaient nus en abandonnant tout sur la rive : habits, souliers, montres et autres objets de valeur. Et sortant enfin de l’eau, les hommes-crocodiles récupéraient paisiblement tout le butin laissé par les fuyards. Cette situation ayant perduré pendant plus d’une année, les rives du fleuve Congo ont été donc désertés à Bolobo, car la population croyait avoir affaire à de vrais crocodiles. Il s’est fait qu’un jour du mois de janvier 2006, un jumeau ayant évolué à Kinshasa – censé en plus posséder des pouvoirs surnaturels dans la conception bantoue – débarqua à Bolobo. Défiant les esprits du fleuve, il osa aller se laver la nuit et subit le même sort. Le malheureux regagna donc le toit familial tout nu, comme un ver de terre. Mais après des jours de réflexion, le jumeau citadin a trouvé anormal que des crocodiles – si débonnaires soient-ils – aient pu l’agresser sans provoquer une quelconque déchirure ou laisser des empreintes des griffes. Il décida donc d’en avoir le coeur net et retourna à la rivière.
Ayant à peine plongé dans l’eau, il fut de nouveau capturé. Mais étant costaud, il résista et son agresseur lâcha prise. Une véritable bataille sous-marine s’engagea entre le jumeau et l’homme-crocodile. Etant plus fort, le jumeau venu de Kinshasa l’emporta sur l’homme-crocodile. Il émergea avec lui et cria au secours. Grande fut la surprise des curieux qui accourent à sa rescousse. La fameuse terreur du fleuve n’était que Moyelo, le paisible prêcheur de la Bible. Le faux crocodile fut donc copieusement tabassé avant d’être acheminé au poste de police.
Ayant récupéré la situation, la police est passée à l’interrogatoire. Ainsi, Moyelo a pu révéler qu’il n’était pas seul, mais faisait partie d’un groupe bien organisé dont les membres opéraient à différents endroits dès la tombée de la nuit.

Par Donatien Ngandu Mupompa