* musée du quai Branly Festival de Radio France et Montpellier

Nuits de Bwiti

culte des ancêtres des Tsogho du Gabon jeudi 25 et samedi 27 juillet 2002 de 20 heures à l’aube
Château d’O, Montpellier – entrée libre

Relations presse musée du quai Branly Festival de Radio France et Montpellier
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Michel Leiris, dans un de ses textes les plus passionnants intitulé La Possession et ses aspects théâtraux chez les Ethiopiens de Gondar, et dont l’inspirateur premier avait été Marcel Griaule, décrit bien l’aventure intellectuelle et spirituelle d’un occidental confronté à la complexité d’un rite qui, malgré les mille pages de notes qu’il rapporte, demeure, au-delà de l’enquête ethnographique, aussi mystérieux à ses yeux que sa propre vie. Leiris écrit : " …L’on touche ici, semble-t-il, à ce qui fait la grande force des magies en dépit des démentis continuels que l’expérience leur inflige : les éléments affectifs qu’elles mobilisent, avec leur matériel de mythes et d’images comme avec la part de drame et de spectacle qu’elles contiennent. "

Voilà pourquoi, faire venir du Gabon, le groupe Gnima Na Kombwe, appartenant à l’ethnie Tsogho, pour pratiquer en public, avec l’approbation des autorités religieuses, le culte traditionnel du Bwiti, ne saurait d’aucune manière être comparé à l’invitation en Europe d’une troupe de musiciens et de danseurs. Il s’agit d’une cérémonie, au sens le plus fort de ce mot, qui implique personnellement ceux qui y participent. Pour le public qui aura la chance de vivre ces nuits de culte et de célébrations, ce sera n’en doutons pas, une aventure intellectuelle et émotionnelle marquante.

Pour le musée du quai Branly, dont les fondations sont creusées en ce moment à Paris, cette action " hors les murs " menée avant même que ceux-ci ne s’élèvent, est triplement symbolique.

En premier lieu, il s’agit d’affirmer l’attachement de cette institution nouvelle, ouverte aux cultures de l’Afrique, de l’Asie, de l’Océanie et des Amériques, à ce qu’il est convenu d’appeler, le " patrimoine immatériel ". En effet, un musée n’est pas uniquement constitué d’objets et de vitrines.

Dans un second temps, cette opération témoigne de la vocation du musée du quai Branly à être une institution de recherche associant universitaires, chercheurs et étudiants venus du monde entier. C’est ainsi que la collaboration avec le Laboratoire Universitaire de la Tradition Orale de l’Université Omar Bongo de Libreville (Gabon) a permis le dialogue entre chercheurs occidentaux et gabonais d’une part, et les initiés d’autre part. Jamais les cérémonies de Bwiti n’auraient pu être rendues accessibles au public de Montpellier sans une intercompréhension et une étude préalable. Je tiens à remercier les directeurs et les chercheurs de ce remarquable laboratoire. Dans l’avenir, le musée du quai Branly s’attachera à poursuivre ce type de collaboration scientifique permettant de faire comprendre et de diffuser les patrimoines de tradition orale.

Geste précurseur enfin, car le bâtiment conçu par Jean Nouvel est doté d’un vaste auditorium et d’un amphithéâtre de verdure ouvert sur le jardin de Gilles Clément. Ceux-ci seront des lieux particulièrement propices à ce type de manifestation. Le public pourra venir y assister à des cérémonies à l’image de celles présentées cet été à Montpellier.

Je tiens donc à remercier très chaleureusement le Festival de Radio France et Montpellier pour l’organisation de ces deux cérémonies qui, sans aucun doute, ne manqueront pas de nous surprendre. Pour les équipes du musée du quai Branly, il s’agit de montrer avant son ouverture prévue en 2005, un profond attachement à unir conservation, recherche et production.

Stéphane Martin PDG du musée du quai Branly.

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Comme chaque été depuis dix-huit ans, le Festival de Radio France et Montpellier va vous permettre, du 15 juillet au 1er août 2002, de partager des moments d'émotion.C'est une programmation éclectique qui associe tous les genres musicaux, à savoir classique, contemporain, lyrique, musiques électriques, jazz, musiques traditionnelles (ces dernières, "Musiques d'Ici et d'Ailleurs", présentées à la fin de ce dossier).

Cette année, pour montrer encore davantage que la musique est un lieu de métissage et dans la continuité de programmation qui nous a fait découvrir les musiques de l’Inde, de la Mongolie et de la Chine, nous accueillons deux nuits de cérémonie de Bwiti, culte des ancêtres des Tsogho du Gabon, en collaboration avec le musée du quai Branly et le Laboratoire Universitaire de la Tradition Orale de l’Université Omar Bongo de Libreville (Gabon).Deux nuits de rituel, de 20 heures à l'aube, permettront au public de s'imprégner de cette tradition pratiquée par une confrérie d'hommes initiés. Ils nous feront partager, par des tableaux vivants, différents aspects du culte d'une société de tradition orale. Ceci en produisant, malgré l’éloignement du cadre traditionnel, des cérémonies respectant toutes les contraintes spirituelles et techniques qu’exige la tradition bwitiste.Faisant appel à différents domaines des arts du spectacle, musique, danse, arts plastiques, mise en scène, ces représentations ont toutes les raisons de susciter l’intérêt d’un public de néophytes. Ce groupe d'une trentaine de Bwitistes tsogho issus du groupe Gnima Na Kombwe, s'appropriera un lieu de plein air à Montpellier pendant une quinzaine de jours, le Château d'O. Ils y construiront le temple indispensable aux cérémonies, le mbandza, qui sera le point central de l’action. C’est à partir et autour de ce lieu que se dérouleront les différents actes et que les spectateurs pourront admirer des danses parfois acrobatiques avec flambeaux, ainsi que l’apparition de masques, intervention concrète du monde de l’au-delà.Il nous a semblé important d'ouvrir nos portes à cet événement car il ne s'agit pas d'un simple spectacle mais d'un réel investissement d'une communauté pour faire partager son patrimoine culturel et religieux et obtenir ainsi une reconnaissance internationale de ce patrimoine.Que le public vienne nombreux et que le temps de la nuit soit propice aux " visions ". Les spectateurs présents ne sauront plus vraiment si ce moment passé " hors du temps " a été réel ou onirique …

René Koering Directeur artistique du Festival de Radio France et Montpellier

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Nuits de Bwiti, culte des ancêtres des Tsogho du Gabon Les Tsogho sont installés dans la province de la Ngounié, dans une région très montagneuse parcourue de rivières tumultueuses qui ne permettent pas la navigation en pirogue, ainsi que dans la capitale Libreville et sa banlieue. Leur culte des ancêtres, le Bwiti, n’a jamais été produit en dehors des frontières gabonaises et ne l’est que très rarement en dehors d’un cadre strictement religieux. Ceci en raison d’un très grand nombre d’interdits et d’une pratique intensive du secret faisant planer autour de ce culte une atmosphère de curiosité jamais assouvie.Faisant suite à un séminaire interdisciplinaire sur le Bwiti organisé par le Laboratoire Universitaire de la Tradition Orale de l’Université Omar Bongo de Libreville (Gabon), qui a constitué une première amorce de dialogue entre chercheurs et initiés, la proposition d’organiser des cérémonies de Bwiti dans un cadre étranger a reçu un accueil favorable. Il ne s'agit pas d'une simple production artistique mais d'un réel investissement des membres d'une communauté pour faire partager leur patrimoine culturel et religieux, et obtenir ainsi une reconnaissance internationale de ce patrimoine.Membres d'une ethnie minoritaire, les Tsogho, dont le culte est emprunté par de nombreuses autres ethnies, ont pris le parti de négocier avec leurs autorités la levée de certains interdits, et ainsi acquérir la possibilité de se produire hors du cadre strictement religieux. Vis-à-vis de la situation gabonaise, ce Bwiti tsogho, tout comme le mvet des fang, est un emblème culturel et les différentes instances contactées ont approuvé ce choix.Le groupe prestataire Gnima Na Kombwe est une association formée d'initiés au Bwiti tsogho installés à Libreville et dans sa banlieue. Dans une volonté d’ouverture vers l’extérieur et à la recherche d’une reconnaissance de leur patrimoine, ils ont accepté de présenter ces cérémonies. Cette volonté d’ouverture a demandé de nombreuses négociations tant au sein de la communauté elle-même qu’avec les organisateurs pour adapter cette prestation à un milieu étranger. Afin d’inscrire ces cérémonies dans un contexte le plus proche possible du contexte habituel, il est nécessaire de construire un temple dans le parc du Château d’O. Mesurant 7 mètres de long sur 4 mètres de large, celui-ci comprend des poteaux richement sculptés dont une poutre faîtière de 11 mètres de long. Quant aux parois, elles sont constituées de deux épaisseurs d’écorces battues. La construction du temple et la sculpture des différents objets du culte ont nécessité la mobilisation de deux villages. La fabrication des costumes en matériaux traditionnels demande le tissage de 100 mètres de pagnes de raphia et mobilise un village de tisserands pour un mois. Une importante quantité de matériaux sera utilisée pour la réalisation de cette manifestation, tous issus de l’environnement naturel des Tsogho : 250 pailles cousues pour la toiture, 200 écorces de bois, 60 petits poteaux de mur, 60 petites traverses de toiture, 150 flambeaux, des feuillages, des arbustes, des centaines de mètres de fibre de raphia, soit 2 tonnes de matériel.Pendant quinze jours, le Festival de Radio France et Montpellier avec la participation du musée du quai Branly accueillera trente Bwitistes tsogho du groupe Gnima na Kombwe, ainsi que deux accompagnateurs, membres de l’observatoire du Bwiti du Laboratoire Universitaire de la Tradition Orale, Messieurs les Professeurs Jean-Noël Gassita, pharmacologue spécialiste de l’iboga et Jérôme Mba Bitôme spécialiste du Bwiti.Les partenaires : Air Gabon, le Laboratoire Universitaire de la Tradition Orale de l’Université Omar Bongo de Libreville (LUTO).

" ngombi-e marimba getsenge-t
   senge a-sa-masimbo "
" La harpe, on l’accorde
   Le monde, on ne l’accorde pas "
(Proverbe tsogho recueilli par Pierre Sallée, archives Pierre Sallée - département d’ethnomusicologie, musée de l’Homme).

Les Tsogho sont reconnus sur le territoire gabonais comme étant les détenteurs les plus anciens du culte du Bwiti. Le Bwiti peut être considéré comme une science permettant la compréhension des interrelations entre le monde " céleste " et le monde terrestre. Ce dernier n’étant pas considéré comme le lieu d’habitation définitif, l’enseignement du Bwiti s’attache à donner accès à une compréhension globale du fonctionnement de l’univers.Le Bwiti est à la fois une religion, un culte des ancêtres et une confrérie qui permet à tout homme Tsogho de découvrir l’être Suprême Nzambe Kana. Il est également un personnage spirituel, difficile à définir mais que l’on pourrait assimiler à une entité globalisante, synthétisant en elle-même toutes les entités surnaturelles du culte (mythique et historique).Cette découverte de l’Etre Suprême s’effectue par l’absorption d’une substance hallucinogène contenue dans la racine de la plante Iboga. Cette substance porte le nom d’ibogaïne :" il s’agit d’un alcaloïde indolique extrait de l’écorce de la racine du Tabernanthe iboga, arbuste de la famille botanique des Apocynacées, qui pousse dans les forêts équatoriales du Gabon, Guinée équatoriale, Congo et Cameroun. L’écorce de la racine est utilisée traditionnellement au Gabon, dans les cérémonies rituelles du Bwiti. Ce principe actif suscite, depuis une dizaine d’années, un intérêt croissant dans la communauté scientifique internationale, pour plusieurs raisons : - d’une part, grâce à sa capacité à interrompre la dépendance chimique à un certain nombre de substances toxicomanogènes : morphine, cocaïne, alcool, tabac ; - d’autre part, par son mécanisme d’action original : modulation de la réponse de nombreux neuromédiateurs cérébraux, action sur différents systèmes dopaminergique, sérotoninergique, glutaminergique, gabaergique). En effet, l’ibogaïne n’est pas une thérapeutique substitutive traditionnelle et ne s’apparente pas du point de vue pharmacologique aux médicaments usuellement utilisés pour traiter les toxicomanies aux opiacées ou à la cocaïne. " (Propriétés pharmacologiques et indications thérapeutiques de l’Ibogaïne, Professeur Jean-Noël Gassita, Département de pharmacologie et de médecine traditionnelle de la Faculté de Médecine, Libreville, Gabon).Considéré comme un bois sacré, l’Iboga ou Ebôghê, tient son nom du verbe " Boghaga " qui en langue ghetsogho signifie  " soigner ". L’absorption de cette substance et ses effets hallucinatoires ne peuvent être dissociés du contexte dans lequel cette absorption a lieu, contexte composé à la fois d’éléments matériels (lieu et objets du culte), d’éléments sonores (instruments de musique, chants des initiés), d’éléments olfactifs (l’odeur de la résine d’Okoumé) ainsi que du bagage spirituel de chacun. La nature de la cérémonie est déterminée par la circonstance - initiation, retrait de deuil, fête de la saison sèche - qui en est à l’origine. Pour les initiés, chaque cérémonie est le moyen de parcourir un chemin conduisant du monde des vivants au monde des ancêtres et permettant aux deux genres de communiquer entre eux. Il s’agit d’assurer ainsi la protection des humains par la bienveillance de leurs aïeux et de donner à ces derniers la possibilité de révéler à leurs descendants quelle pourra être leur vie future. Lors de leur " voyage " les Bwitistes ont des visions qui leur donne accès à leur passé, leur présent et leur avenir. Constituées d'un enchaînement de danses accompagnées d'instruments de musique divers et de chants, les cérémonies possèdent de nombreux interdits pour les profanes. Elles représentent, entre autre, des scènes du mythe d’origine de ce culte et plus particulièrement certains épisodes de découvertes fondamentales. Ainsi, le mythe du Bwiti révèle que les cérémonies s’organisaient dans un premier temps sans avoir besoin d’absorber l’Iboga qui n’avait pas encore été découvert par les Bwitistes. De fait, ceux-ci n’entraient pas en contact avec l’Etre Suprême (Nzambe kana), qui leur restait invisible. Il s’adressait à eux sous forme d’esprit. Puis Nzambe kana a révélé aux Bwitistes que s’ils désiraient le voir directement, il leur fallait chercher un arbuste qui pousse dans la forêt, arbuste appelé " êbôghê ". Pour le trouver Nzambe kana a demandé aux adeptes d’organiser une certaine forme de cérémonie de Bwiti, le Bwiti a mombe, pour invoquer les ancêtres afin qu’ils guident et protègent les initiés désignés pour aller à la recherche de l’êbôghê (Iboga). De ce Bwiti a mombe originel dérivent d’autres formes de cérémonies qui retracent différentes étapes ou différents aspects de cette recherche et de cette découverte de l’Iboga. Le Bwiti a mopéto est une forme de cérémonie retraçant les différentes étapes de la découverte de ce bois sacré par les premiers initiés qui en ont été chargés. Le Bwiti a biomba, quant à lui, commémore et retrace les différentes phases de la première cérémonie durant laquelle le premier initié a pu supporter de manger le bois sacré pour découvrir en personne ce que " Bwiti " représente véritablement. Ce Bwiti particulier est celui que revive les jeunes néophytes lors de leur initiation, le Bwiti a banzi, banzi étant le nom donné aux jeunes néophytes après qu’ils aient subi les épreuves marquant leur entrée dans la confrérie. Lors du retrait de deuil d’un initié, lorsque le moment est venu de marquer d’une part le départ de l’âme du mort vers le monde des ancêtres et d’autre part la purification des vivants, la mort étant toujours considérée comme quelque chose d’impure, il s’agit alors du Bwiti a muenge, le " Bwiti des pleurs " qui peut prendre soit la forme d’un Bwiti a mopeto soit d’un Bwiti a biomba. Ces deux formes de cérémonie seront celles représentées à Montpellier. Le " banzi ", lors de son initiation, est orienté vers le bon chemin, celui de la longévité, alors que le mort, lors de la cérémonie de retrait de deuil, est orienté vers là où résident ses ancêtres dans le monde du haut.Ces différentes configurations de Bwiti se recoupent par des étapes similaires mais chacune d’entre elles marque l’empreinte de sa circonstance d’exécution par des symboles qui lui sont particuliers ainsi que des chants et des légendes qui lui seront spécifiques. En effet, chacune de ces cérémonies propose un type de chemin à parcourir à l’aide des symboles qu’elle fait apparaître et que chaque initié interprétera à sa manière suivant son niveau de compréhension du système. Cependant, une cérémonie ne peut pas simplement être comprise par rapport à ces cheminements personnels. Ceux-ci constituent autant de points de connexion indispensables à un projet collectif. Une cérémonie consiste en une fusion de chemins personnels composés de visions et de sensations vers un objectif unique, la communication avec les entités spirituelles les plus puissantes qu’un seul initié ne peut que difficilement assumer à lui tout seul.

Présentation des Tsogho Comme pour la majorité des populations de tradition orale, il est très difficile de retracer l’histoire des Tsogho. Ils font partie de cette myriade de populations d’Afrique Centrale qui se sont déplacées à la suite d’invasions successives et de la traite instaurée par les puissances occidentales. De famille bantu, ils sont actuellement installés dans la province de la Ngounié, dans une région très montagneuse parcourue de rivières tumultueuses qui ne permettent pas la navigation en pirogue, ainsi que dans la capitale Libreville et sa banlieue.Il n’existe pas d’organisation politique à proprement parlé. Il s’agit davantage d’un système d’autorité qui régule aussi bien l’ordre social que moral par l’intervention de juges traditionnels appartenant aux différentes sociétés secrètes qui fondent à la fois le tissu social, religieux et culturel des Tsogho. Si quelques unes de ces sociétés sont indispensables à l’obtention d’une certaine considération de la part de ses congénères, d’autres correspondent davantage à des inclinations personnelles ou à des aptitudes particulières, que ce soit par exemple pour la médecine traditionnelle (association des Nganga) ou la justice (ordre des juges evovi).L’univers terrestre des Tsogho se divise principalement en deux mondes, celui du village et celui de la forêt avec ses rochers, ses cours d’eau et ses arbres sacrés. Si le village est le monde de l’ordre et des humains, celui de la forêt représente le désordre, peuplé des esprits des défunts, les ancêtres, et de génies dont le plus puissant est Ya Mwei, le génie féminin qui habite les cours d’eau.Le système des croyances religieuses est en partie fondée sur une conception de l’être humain en trois entités, l’esprit (ghedidi), le corps (oto) et l’ombre de l’esprit (ghedinadina).Après la mort les ghedidi qui deviennent des mombe font l’objet d’un culte familial. Invoquer dans le cadre communautaire les ghedidi deviennent les moghonzi, les ancêtres, qui se manifestent dans le Bwiti sous forme de masques anthropomorphes, zoomorphes ou végétaux.

Les objets symboliques du Bwiti et leur système de compréhension Chaque objet ou chaque entité renvoie au moins à une trilogie de concepts liés à la nature humaine, au domaine écologique et au monde de l’au-delà. Le symbolisme de ces objets est retracé en partie dans le mythe d’origine des Tsogho, le Bokudu, qui retrace les étapes de la création de l’univers et la naissance des Tsogho par leur passage du monde d’en haut, celui des ancêtres, au monde d’en bas, celui des humains. Ces différents symboles marquent également la dualité universelle entre l’homme et la femme. Ainsi, le mbandza est de conception anthropomorphique même si cela n’est pas visible à l’œil nu ; le pieu fiché dans le sol devant le temple représente la barre de fer que Môtsoê, celui qui a guidé les humains du monde d’en haut vers le monde d’en bas, a utilisé pour percer le ciel et permettre la descente des humains vers la terre. Ce pieu représente également la nouvelle accouchée et par là même le passage des êtres de l’état fœtal du monde d’en haut à celui d’êtres humains constitués, dans le monde d’en bas. Certains de ces objets, comme ce pieu, sont des rappels d’objets intervenant dans le Bokudu.Du point de vue musical, la harpe (ngombi), l’arc en bouche (mogongo) et la tringle sonore (bâkê) constituent le fondement de l’atmosphère sonore. Représentant trois entités formelles de l’Etre Suprême Créateur, Muanga, ils assurent à eux trois la communication biunivoque entre les humains et les ancêtres. Une des interprétations tsogho des liens unissant ces trois instruments explique que le ngombi, entité femelle et le mogongo, entité mâle, ont donné naissance au bâkê. Né de l’amour, ce dernier est nécessairement supérieur à ces deux géniteurs.Renvoyant à des entités spirituelles précises, cette interprétation conduit également l’initié à une compréhension des relations existant entre ces entités. On comprend bien que l’initié ayant connaissance des différents degrés de compréhension de ces objets n’aura pas les mêmes niveaux de visions qu’un nouveau venu dans la confrérie et pour qui tout le cheminement de compréhension reste à accomplir. Pour les Tsogho ces différences de compréhension sont indispensables au maintien de la cohésion de la société et ceci pour deux raisons. La première est que la connaissance et la compréhension des symboles ne peuvent être que progressives car le poids que la connaissance nouvellement acquise fait peser sur l’initié ne peut être supporté que s’il possède les connaissances suffisantes à cela. Par ailleurs, le respect de la hiérarchie qu’instaurent ces différents niveaux de connaissance assure la stabilité de la société par un système de dépendance réciproque. L’image suivante nous a été donné pour comprendre le système : " Si tout le monde est en haut, il n’y a pas de pilier pour tenir le toit et par conséquent l’édifice ne peut pas tenir ; si en revanche tout le monde fait partie du bas, il n’y a pas de toit pour protéger ".Le tableau suivant présente les objets principaux du Bwiti et leur symbolisme

Objets

Description

Mogongo

Arc en bouche. Il s’agit de l’un des instruments les plus élémentaires et les plus anciens qui soient. On en perçoit une représentation dans la grotte des trois Frères dans l’Ariège (époque magdalénienne, environ 12000 ans avant Jésus Christ).

Il est utilisé dans la totalité des sociétés initiatiques mais également au cours des récits de certains contes comme accompagnement musical.

Les mélodies qu’il permet de réaliser sont une forme de langage pour les initiés ; par la pensée, les sons émis par l’arc deviennent de véritables messages compréhensibles par les seuls initiés.

Le mogongo représente également le cordon qui relie l’esprit des vivants aux ancêtres.

Ngombi

Harpe anthropomorphe à huit cordes. Cet instrument de musique, utilisé surtout dans les rites de la société Bwiti, est la représentation du corps de la femme dont le premier ancêtre Disumba est figuré par la tête sculptée à l’extrémité du manche.

Sa musique est assimilée aux sanglots des morts qui vont passer du monde terrestre à celui de l’au-delà. Sa voix est également celle des génies et celle du ronflement des chutes d’eau où vivent les génies.

Le Ngombi occupe une place prépondérante dans le rituel.

Bâkê

Le bâkê est le troisième instrument de musique fondamental de l’atmosphère sonore des cérémonies de Bwiti. Le Bokudu nous apprend qu’il s’agit également du nom de l’arbre sous lequel Nzambe est mort de faim après être descendu du monde d’en haut vers le monde d’en bas.

Son vacarme assourdissant représente l’éclatement de la foudre qui a fait éclater l’œuf primordial ayant permis la création du monde.

Tambours

Il existe trois types de tambours de longueurs et de grosseurs différentes. Décorés ou non de représentations anthropomorphes ou zoomorphes, ils sont frappés les uns avec la paume de la main, les autres avec des baguettes comme le mokiki, le plus petit d’entre eux.

Le son qu’ils émettent est comparé à la voix du génie Ya Mwei .

Les cloches

Elles peuvent être avec battant externe (mokenghe) ou interne (pambô), en bois ou en fer, et avec un manche recourbé comme celles des juges. Elles traduisent les battements du cœur.

Cornes d’appel

Il s’agit de trompes en corne d’animal ne pouvant émettre qu’un ou deux sons. Elles ont pour vocation d’appeler les initiés pour le début des cérémonies de Bwiti et de leurs différentes phases, mais aussi de faire entendre la voix de l’être suprême Muanga sous sa forme Nzambé kana conviant les ancêtres aux mêmes cérémonies.

Hochet ou soke

Il s’agit d’un double hochet sur manche, formé par deux gousses de graines superposées.

Au cours des rites de la société de Bwiti, les chefs religieux (povi) agitent ce hochet au moment de débuter les récits initiatiques.

Chasse mouche

Mognangi

Constitué d’une queue d’éléphant ou d’un faisceau de pailles, il est porté par les anciens et les grands initiés (ñima) de la société du Bwiti ainsi que par les membres de la confrérie initiatique des evovi (juges). Il est le signe distinctif de leur autorité et de leur élévation dans la hiérarchie initiatique.

Reliquaire Mbumba

Ce reliquaire est placé dans une chambre secrète du temple du culte Bwiti. Les grands initiés lui font des offrandes et des prières pour que le néophyte ait facilement des visions de l’au-delà lors de son initiation et plus particulièrement lors de son voyage initiatique.

Poteau central sculpté

Il soutient le faîtage avant de la toiture. Dans sa partie sculptée, il représente la stylisation du corps humain dont la tête revêt l’aspect de deux masques en demi-relief opposés. Ils représentent les premiers ancêtres mâle (nzambe kana) et femelle (disumba) de l’humanité.

Pieux sculptés

Ces deux pièces de bois sculptées, disposées de part et d’autre à l’entrée du temple, relient les ancêtres mâle et femelle de l’humanité. Ces deux entités luttent l’une contre l’autre lors des cérémonies au sein du Mbandza. La femelle est toujours localisée à droite alors que le mâle est à gauche.

Panier rituel Tsaô

Accroché à la poutre faîtière du temple, il sert à conserver les accessoires rituels tel que l’iboga (le bois sacré).

Deux torches d’amome

êmbônda

Il s’agit de deux torches en cylindre faites d’écorces de parassolier. Chacun des cylindres est rempli de résine d’Okoumé. L’une est disposée à l’intérieur du temple et l’autre à l’extérieur.

Elles demeurent allumées tout au long des cérémonies nocturnes. Elles ont pour vocation de chasser les mauvais esprits mais également leur lumière et leur parfum sont deux des composants menant les Bwitistes à un état d’extase.

Fauteuil en racine de parasolier

ôkôndi

Il est souvent placé à l’extérieur du temple lors des séances publiques nocturnes, près du feu et mis ainsi à la disposition de l’assistance. Mais il est par contre réservé à des fins strictement rituelles au cours de certaines cérémonies de Bwiti.

Les Mighonzi

Il s’agit d’une communauté d’ancêtres apparaissant sous forme de masques à différents moments des cérémonies.

Le masque, représentation d’un ancêtre mythique ou humain, il peut selon les cas prendre une forme anthropomorphe, zoomorphe ou végétale. La face est généralement couverte par un masque de bois, alors que le corps est couvert de différentes matières, le plus souvent du raphia tissé ou tressé.

Les cérémonies de Bwiti" Une cérémonie de Bwiti des Tsogo apparaissait donc comme une représentation de théâtre musical sacré dont l’intrigue dramatique aurait été le rituel et dont le décor était fourni par le temple où ont lieu les cérémonies ; l’officiant principal et le harpiste-chanteur, tous deux dépositaires, chacun à sa manière, de la parole initiatique, en étaient les deux solistes ; l’arc, la harpe et d’autres instruments, l’orchestre en même temps que des icônes ; les adeptes fournissaient le chœur et la chorégraphie, les masques en étaient les " machines ", le tout mis en scène d’un commun accord décidé " en coulisse ", les adeptes étant les principaux spectateurs de leur propre représentation ". (Pierre Sallée, L’arc et la harpe. Contribution à l’histoire de la musique du Gabon, 1985).Les différents lieux de cérémoniesL’action d’une cérémonie de Bwiti se déroule entre trois lieux principaux : le nzimbe, le mbanza et la rue du village.a) Le nzimbe est un petit espace rectangulaire aménagé dans la brousse à quelques dizaines de mètres du village, délimité par quelques troncs d’arbres couchés qui servent de banc. Il n’est accessible qu’aux seuls initiés et un petit chemin y mène qui traverse une zone de plantation de bananiers intermédiaire entre le village et la brousse et qui sert de dépotoir. Le terme nzimbe connote toute chose confidentielle, secrète, intime, cachée. Les nzimbe sont des énigmes initiatiques, des devinettes par lesquelles " on juge du degré de savoir d’un adepte dans la science du Bwiti " (Sillans 1967 : 339). Le nzimbe sert de coulisses aux cérémonies ; c’est là que les initiés se rassemblent, racontent leurs visions, se préparent. L’arc musical peut y être joué, c’est de là que proviennent les masques et c’est du nzimbe que les initiés viennent en procession prendre place dans le Mbanza. b) Le Mbanza : c’est le temple du Bwiti. Il s’agit dans la vie de tous les jours d’un lieu de regroupement des hommes que les occidentaux ont appelé corps de garde. Disposé dans un espace dégagé du village il permettait aux hommes d’observer les allées et venues des étrangers. Il s’agit d’un hangar rectangulaire cloisonné de panneaux d’écorces battuse de motifs géométriques. La face antérieure non cloisonnée laisse voir le poteau avant qui soutient la poutre maîtresse dont l’avancée sculptée figure une étrave de pirogue renversée. Ce poteau (eengo) est soit une cariatide féminine parfois énorme, soit, simplement percé d’un trou losangé, il en est le signe. Le mbanza est couvert d’une toiture à deux versants de " tuiles " de feuilles de palmier prolongée d’un auvent arrondi de palmier qui retombe parfois assez bas devant l’entrée.Les instruments de musique, harpes et tambours, les sculptures de la communauté et les objets du culte y sont entreposés.Au centre du mbanza du Bwiti, lors des cérémonies, toujours nocturnes, est placée une grosse torche de résine d’okoumé qui dégage une forte odeur d’encens, répand une faible lueur et à laquelle les nganga viendront embraser leurs flambeaux pour faire leurs danses acrobatiques (bikalo) avant d’évoluer dans l’espace nocturne extérieur.Ce dernier sera le lieu de leur course jusqu’à l’orée de la forêt où ils iront quérir les mighonzi.Devant le mbnanza deux piquets sont fichés en terre.Aux abords du mbandza, on entretient un feu à la chaleur duquel les spectateurs pourront se réchauffer et les peaux des tambours être retendues.En dehors des Banzi, des ñima, des ñima na kombwe et des kombwe, les officiants principaux de la liturgie sont le povi (dépositaire des textes initiatiques) et le beti (harpiste), le premier ayant un rôle masculin et le second un rôle féminin. Ce dernier, associé à la tringle de bois frappée avec des baguettes, constituent le fondement de l’orchestre rituel du Bwiti.Description des phases essentielles d’une cérémonieAprès s’être réunis dans le nzimbe, les initiés arrivent en procession, revêtus des ornements rituels : pagnes de fibres de raphia et bandeaux de folioles de palmier raphia fraîchement coupées… Ils marchent épaule contre épaule, en agitant toutes sortes de sonnailles et hochets et brandissant les faisceaux de jeunes pousses de palmier-raphia.Puis ils viennent prendre place dans le temple au rythme du chœur responsoriale dont les paroles, en rapport avec les circonstances de la cérémonie organisée : initiation, deuil, célébration de saison.Après un temps indéterminé meublé par les chants accompagnés de harpe, le povi fera son homélie rituelle, discours guidé par les circonstances mais dont le thème central sera toujours celui du voyage dans le monde du haut.Il tient dans sa main droite le hochet rituel soké qu’il agite de manière à produire un crépitement sec tout au long de son discours. Le povi se tient debout, au centre du mbanza et s’adresse aux adeptes assis le long des deux parois latérales en prenant à témoin les instruments de musique.Après ces différentes phases préparatoires, le rituel enchaîne une série de danses ayant chacune sa signification et sa fonction. La liturgie musicale et chorégraphique se déroule en une lente progression dans la dynamique et l’intensité des premiers balbutiements de la tringle sonore percutée jusqu’à l’intervention des tambours qui amènent à son point culminant l’exaltation en introduisant les éléments visuels hallucinatoires (danses des flammes et apparition de masques).À travers la dynamique sonore s’instaure donc peu à peu l’ordre visuel.(Pierre Sallée, L’arc et la harpe. Contribution à l’histoire de la musique du Gabon, 1985).

La musique du BwitiLe harpiste se tient accroupi au fond du temple, en tenant la harpe entre ses cuisses, la tête du manche tournée vers l’extérieur alors que la tringle sonore passe devant ses pieds. Les deux joueurs de bâkê, disposés de part et d’autre du harpiste, l’accompagnent par une formule rythmique spécifique en frappant la tringle avec chacun deux baguettes.À cette formation de base s’ajoutent suivant les circonstances : - l’arc musical (mogongo) qui intervient seul ou accompagné du rythme du bâkê ou pour accompagner la récitation du mythe de Nzambe kana.- deux sortes de tambours verticaux à peau lacée (ndugu) et clouée (mosumba), prennent place, soit dans les recoins latéraux du fond du temple, soit à l’extérieur pour les danses acrobatiques et les danses de masques.- le hochet rituel (soke) à deux coques remplies de graines séchées et enfilées sur un manche qui accompagne les discours du povi.- diverses sonnailles végétales (nguta) et clochettes métalliques surtout employées au cours des rites de passage.- une ou plusieurs cornes d’appel (bomba) pour appeler les ancêtres et les revenants.La liturgie du Bwiti obéit à une forme musicale générale. La harpe accompagnée du bâkê, n’exécute pas un simple accompagnement instrumental, mais, doué lui-même de parole, l’instrument anthropomorphe dans ses formes et son symbolisme, est censé émettre une voix et articuler un langage secret, auquel la mélodie vocale n’ajouterait que le prolongement linguistique de la parole humaine et de son articulation spécifique.Ces chants, interprétés au cours des pauses qui permettent la préparation des phases les plus importantes peuvent également l’être dans n’importe quelle autre circonstance hors rituel.Le jeu du harpiste est le plus souvent précédé d’un prélude. Il s’agit d’une phase préparatoire à une certaine cohésion qui correspondra au moment où le bâkê accompagnera le jeu de la harpe. Il s’agit d’une phase de concertation, d’organisation du monde, d’organisation de l’être humain avant sa naissance. Les percussions sur la tringle sonore connoteront la structuration de l’être et du monde, en symbolisant la formation des os et l’éclatement de l’œuf originel.Ainsi, le harpiste, en préludant, réactualise la volonté d’organisation qui a donné forme au Chaos, de même qu’il évoque pour les initiés l’apparition encore informelle de la vie, tout en les mettant en parallèle avant ces longues attentes entrecoupées de vaines discussions préparant aux rites proprement dit qui n’acquerront leur efficacité qu’au prix d’une cohésion du groupe " uni en un seul cœur " par une sérénité collective propre à permettre la communion mystique qu’aucune autorité individuelle ne saurait précipiter … La harpe aura imposé seule sa " voix ".(Pierre Sallée, L’arc et la harpe. Contribution à l’histoire de la musique du Gabon, 1985).Comme dans la majorité des populations d’Afrique centrale, la musique est le moyen de communication privilégié entre le monde des vivants et celui des morts. Par l’énergie qu’elle procure, énergie physique et spirituelle, elle donne aux humains la force nécessaire à la transcendance. Cependant contrairement aux rituels d’initiation féminins, la musique ne conduit pas à la transe mais davantage à une extase peuplée de visions de l’au-delà.Les musiques du Bwiti se distinguent les unes des autres suivant les phases dans lesquelles elles interviennent, phases qui déterminent la formation musicale, vocale et/ou instrumentale.On rencontre aussi bien des chants a cappella accompagnés simplement de hochets pour les déplacements des initiés en différents points de l’espace rituel, que des chants soutenus par différents tambours avec un chœur de femmes pour les apparitions des masques, que des musiques beaucoup plus intimistes, exécutées dans le temple et interprétées par le beti, le joueur de harpe ou d’arc musical. Aussi, la présence de tel ou tel instrument de musique est un marqueur de l’action en cours tout comme les chants et les incantations particulières qui ponctuent le passage d’une phase à une autre.La vue des instruments de musique aussi bien que leurs sons suggèrent toute sorte de symboles et de significations aux initiés et viennent enrichir leurs visions. Il ne s’agit pas d’un accompagnement mais d’un constituant essentiel de la cérémonie au même titre que l’utilisation des objets ou l’énonciation de textes sacrés.Toute l’activité musicale est orientée vers un climax qui permet aux initiés d’entrer en communication directe avec les ancêtres sans passage par un intermédiaire, l’apparition des Mighonzi étant le signal que ce climax est atteint.

Sylvie Le Bomin, ethnomusicologue,responsable scientifique des nuits de Bwiti

Glossaire

Bâkê

tringle sonore, instrument de musique de la famille des idiophones. Il est constitué d’une barre de bois disposée sur deux socles, passant devant le joueur de ngombi et frappée par deux musiciens.

Banzi

nom donné aux jeunes néophytes après qu’ils aient subi les épreuves marquant leur entrée dans la confrérie.

Bokudu

histoire mythique des Tsogho retraçant la création de l’univers, la naissance des hommes, l’origine du culte du Bwiti et les différentes phases l’ayant conduit à sa forme actuelle.

Bwiti a banzi 

forme de cérémonie de Bwiti pour l’initiation des jeunes néophytes au culte du Bwiti.

Bwiti a biomba 

forme de cérémonie qui commémore et retrace les différentes phases de la première cérémonie durant laquelle le premier initié a pu supporter de manger le bois sacré pour découvrir en personne ce que " Bwiti " représente véritablement.

Bwiti a mombé 

Bwiti mythique pratiqué avant la découverte de l’Iboga

Bwiti a mopéto 

forme de cérémonie retraçant les différentes étapes de la découverte de l’Iboga par les initiés qui en ont eu la charge.

Bwiti a muenge 

forme de cérémonie pour les retraits de deuil.

Evovi

nom donné aux membres de la confrérie des juges traditionnels.

Ghedidi

nom donné à l’esprit de l’être humain.

Ghedinadina

l’ombre de l’être humain 

Iboga

Tabernanthe Iboga, plante dont on utilise les râpures d’écorce des racines par manducation lors des cérémonies de Bwiti

Mbandza

construction rectangulaire servant de lieu de rencontre pour les hommes qui y effectuent différents travaux artisanaux. Ce lieu devient un espace sacré lors des cérémonies de Bwiti, chargé de symbolismes multiples.

Moghonzi 

forme socialisée des ancêtres mythiques et réels auxquels les initiés demandent d’intercéder dans leur vie. Ils apparaissent sous forme de masques anthropomorphes, zoomorphes ou végétaux lors de deux phases des cérémonies du Bwiti, une phase nocturne et une phase diurne.

Mogongo

arc en bouche, instrument de musique de la famille des cordophones.

Il s’agit de l’un des instruments de musique les plus anciens au monde.

Mombe

esprit d’une personne défunte pouvant être considéré comme un ancêtre lorsqu’il rejoint le monde du haut.

Môtsoê

personnage mythique de petite taille, généralement assimilé à un Pygmée, qui a guidé les humains du monde d’en haut, le monde céleste, au monde d’en bas, le monde terrestre.

Muanga

nom de l’Ancêtre Suprême Créateur qui peut se révéler sous-différentes entités spirituelles, toutes issues de sa propre création et ayant chacune des attributs particuliers.

Ñima

nom donné aux initiés du Bwiti du plus haut rang. Il s’agit des hommes les plus âgés qui ne participent plus que très rarement aux activités physiques des cérémonies mais qui en contrôlent le bon déroulement.

Nganga

nom générique des langues bantu pour désigner les devins-guérisseurs

Ngombi

harpe anthropomorphe à huit cordes ; Cet instrument de musique de la famille des cordophones sert surtout dans les rites de la société Bwiti.

Nzambe Kana 

nom de l’ancêtre suprême, création primordiale de Muanga dont il est l’une des matérialisations possibles.

Oto

corps de l’être humain

Povi

initié chargé de réciter les légendes et les différentes prières lors des cérémonies. Au début des cérémonies, il agit comme intermédiaire entre les humains et nzambe kana qui lui même sert d’intermédiaire entre le povi et les ancêtres.

Ya Mwei 

être surnaturel féminin localisé dans les cours d’eau.

Sylvie Le Bomin, ethnomusicologue, membre de l’UMR CNRS/Paris V, Langues Musiques Sociétés et Attaché Temporaire d’Enseignement et de recherche en Ethnomusicologie à l’Université Rennes 2.Après une formation musicale en conservatoire et à l’Ecole Normale Supérieure de Musique de Paris en flûte à bec et en violoncelle, Sylvie Le Bomin s’est orientée vers la recherche en ethnomusicologie africaniste. Membre de l’équipe dirigée par Simha Arom au sein du Laboratoire des Civilisations à Tradition Orale du CNRS, elle a entamé, dès sa maîtrise préparée dans le cadre de l’Université Sorbonne/Paris IV, des recherches sur les musiques de xylophones de République centrafricaine et plus particulièrement sur les processus de transmission et d’apprentissage des patrimoines musicaux de tradition orale. Tout en effectuant ses recherches elle s’est attachée à la diffusion des patrimoines musicaux en publiant un disque de musiques de xylophones (" Xylophones de l’Ouham-Pendé ") dans la collection Ocora/Radio France et un film sur la construction de l’orchestre de xylophones de l’ethnie banda gbambiya de République Centrafricaine (" de l’arbre au xylophone "), qui a reçu la Mention Spéciale du Jury au Bilan du Film Ethnographique. Après avoir soutenu sa thèse de Doctorat de 3ème cycle dans le cadre de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, elle s’est consacrée à une étude comparative des musiques des populations du Gabon (fang, pygmées baka, tsogho) afin de mettre au jour les processus d’identification et d’emprunt dans les traditions musicales. C’est dans ce cadre qu’elle a intégré le Laboratoire Universitaire de la Tradition Orale de l’Université Omar Bongo de Libreville avec qui elle a entrepris une étroite collaboration de recherche, de conservation et de diffusion des patrimoines musicaux. A la suite de ses prédécesseurs ethnomusicologues sur le territoire gabonais, Herbert Pepper et Pierre Sallée, elle s’est tout naturellement intéressée au culte du Bwiti des Tsogho, vivant témoignage d’emprunts multiples et de la richesse du patrimoine musical gabonais.