Notes succinctes sur les masques kalengula des Luntu et des peuples voisins (R.D.C.)

(première partie)
Constantin PETRIDIS (1) in Arts d'Afrique Noire arts premiers Automne 2000 N° 115

Au sein de la littérature sur les masques de l'Afrique subsaharienne, ce sont surtout les masques en bois sculpté qui ont retenu l'attention des chercheurs. Les publications sur le bassin du Congo n'ont pas fait exception à cette règle. Ainsi, le catalogue d'exposition 'Face of the Spirits', publié en 1993 à l'occasion d'une exposition du même nom à l'Etnografisch Museum d'Anvers, ne montre, sur un total de cent treize masques, que cinq exemplaires en fibres tressées (2). La rareté de ces objets dans les collections occidentales est due, entre autres, au fait que les matières utilisées résistent mal au transport et aux changements climatiques. Il faut sans doute également voir dans cette lacune une explication d'ordre esthétique. En effet, les premiers collectionneurs d'art africain, se laissant guider par des idéaux occidentaux, ne prenaient en considération que des matières jugées nobles telles le bois, les métaux ou l'ivoire. Pourtant, hormis des masques en bois sculpté, plusieurs peuples du bassin du Congo ont produit des couvre-chefs et couvre-visages en fibres et autres matières plus éphémères. Or, bien qu'ils soient occasionnellement mentionnés dans des publications spécialisées, les études approfondies les concernant font aujourd'hui toujours défaut (3).
En vertu de ce constat, il nous a semblé pertinent de nous pencher sur l'étude d'un type de masque nommé kalengula qui, malgré une diffusion ethnique et géographique très large, reste encore peu connu. Bien que de rares exemples en bois sculpté existent, ce masque est généralement fait d'une cape en fibres tressées, ou d'une armature de tiges, sur laquelle est attaché un morceau de tissu. Phénomène véritablement interethnique ou régional, ce masque a été observé chez plusieurs peuples dont, outre les Luntu, leurs voisins orientaux, les Konji, les Mputu, les Songye, et les Luba-Katanga. Le présent article est essentiellement consacré aux (Bakwa) Luntu, un des peuples Luba de la province du Kasaï Occidental de la République Démocratique du Congo (autrefois République du Zaïre). Il s'appuie sur les sources écrites disponibles, tant publiées qu'inédites, ainsi que des données que nous avons recueillies chez les immigrés Luntu à Kananga et chez les (Beena) Konji, lors de séjours effectués en 1994 et 1996.

Dans une première partie, nous fournirons un bref aperçu de la littérature consacrée aux Luntu, ainsi qu'une présentation succincte de ce peuple. Ensuite, nous comparerons les sources écrites et visuelles sur le type kalen-gula de ces Luntu avec les informations disponibles sur les peuples voisins. Nous nous pencherons également sur des masques-heaumes en bois dont l'attribution est encore incertaine, mais qui pourraient éventuellement être mis en rapport avec le nom kalengula sur la base de caractéristiques morphologiques. Puis, nous présenterons une variante kalengula que nous avons observée chez les Konji en 1996. L'article s'achève par une comparaison entre la crête ou le diadème propres aux masques kalengula et les couronnes ou diadèmes de perles des Luunda et des Luba Katanga.

INTRODUCTION A L'ETHNOGRAPHIE DES LUNTU
Les sources concernant les Luntu sont fort limitées. Ils sont traités, entre autres, dans quelques publications du missionnaire de l'ordre de Scheut Henri Bogaerts ainsi que dans un article de l'administrateur colonial Georges Brausch qui aborde la vie sociale et politique. Les Luntu figurent également sporadiquement dans quelques écrits des fonctionnaires coloniaux Jules-Auguste " Tiarko " Fourche et Henri Morlighem et dans l'ouvrage posthume Aan de rand van de Dibese du Père Prosper Denolf (Scheut). Un mémoire rédigé par Ndaya Ngalula Mayibungi en 1975-1976 sous la direction de Rik Ceyssens à l'Institut Supérieur Pédagogique de Kananga, recèle aussi de précieuses informations de première main sur l'association du léopard chez les Luntu, ainsi que sur de nombreux autres aspects culturels de ce peuple (4). A l'exception de quelques objets récoltés par Albert Maesen en 1955 lors d'une expédition in situ sur l'ordre du Ministère des Colonies de l'époque, l'art des Luntu est quasi inconnu. Ces objets se trouvent actuellement au Musée royal de l'Afrique centrale de Tervuren (MRAC) et quelques-uns d'entre eux sont reproduits dans le manuel de Marc Félix, 100 Peoples of Zaïre and their Sculpture.
Les Luntu sont proches, à plusieurs points de vue, de leurs voisins occidentaux les Luluwa. Ils habitent la partie centrale et méridionale de la zone de Dimbelenge dans les régions montagneuses longeant la rivière Lubilanji, dans les plaines du lac Munkamba et dans les forêts au sud de la rivière Sankuru (entre les latitudes 5° et 6° Sud et les longitudes 22°30' et 23°30' Est). Leur économie est basée sur l'agriculture, l'élevage et la chasse individuelle et collective. Les marchés locaux ont jadis donné naissance à un troc limité. Tout comme les Luluwa et d'autres peuples des actuelles provinces du Kasaï Occidental et Oriental, les Luntu sont issus d'un mélange de groupes de populations autochtones et d'immigrés d'origine Luba du Katanga. Leur langue, le Tshikwa Luntu, est un dialecte du Tshiluba. Quoiqu'ils soient souvent assimilés aux Konji (que l'on appelle aussi Nkoshi; Boone, 1961, pp. 169 170), ces deux peuples se considèrent eux-mêmes comme des entités ethniques autonomes ayant chacune ses propres généalogie et histoire (Kabasele, 1958, pp. 237-238). s'il n'est pas clair dans quelle mesure les songye, Bindi, Kete et Mputu se rapportent aux groupes Luba-Kasaï (Luluwa, Luba-Lubilanji, Luntu et Konji) , il est, en revanche, certain que tous ces peuples partagent des caractéristiques culturelles.
Les Luntu, qui sont subdivisés en une multitude de sous-groupes autrefois qualifiés de " tribus" (bisa ou bisamba, sing. cisa ou cisamba) , reconnaissent un ancêtre commun qui porte le nom de Luntu. Bogaerts (1951, p.573) a repéré pas moins de trente-deux bisa ou bisamba, regroupés en cinq grandes branches. Il convient néanmoins de mentionner que cet auteur compte les Konji parmi les Luntu. Un cisamba est composé de différents bjfuku (clans, sing. cjfuku). Il est interdit aux membres d'un même cjfuku de se marier entre eux. Les bjfuku sont à leur tour constitués de mbelo (lignées). Dans les villages, de petites maisonnettes servant au culte ancestral au niveau familial sont construites à côté des habitations. A l' entrée ou au centre de chaque village est souvent dressé un charme protecteur auquel on apporte des offrandes et autour duquel on danse pour des occasions spéciales qui concernent tout le mbelo.
Brausch (1942, p.235) relate que les premières entités politiques se dessinent au niveau du cjfuku, mais que la véritable structure du pouvoir se situe au niveau du ditun-ga. Celui-ci, qui se compose dans la plupart des cas, de fractions de plusieurs bisamba, indique généralement un groupement politique, tandis que le cisamba fait référence à un groupement social. Cependant, il existe parfois un chevauchement entre le ditunga et le cisamba. Bogaerts (1951 p.572) écrit que les chefs qui dirigent le mbelo sont des sortes de sous-chefs que l'on appelle d'habitude mwena mpala et qui sont soumis au mfumu du cisamba dont ils font partie. Ce mfumu est assisté à son tour par des notables et des personnes âgées. Alors que chez beaucoup de peuples au Kasaï ce sont les chefs mêmes qui ont le privilège de porter une peau de léopard (mukaya wa nkashaama), ce privilège incombe chez les Luntu à leurs frères. Après un rite d'initiation, ils sont intégrés dans une association qui défend les intérêts collectifs des porteurs de peaux de léopards et qui s'appelle bukalenga bwa nka-shaama. L'origine de cette association se situe en général dans l'endroit mythique Nsanga a Lubangu ou Tshilunga (5).

LE MASQUE KALENGULA CHEZ LES LUNTU
Chez les Luntu, tout comme chez les Songye et d'autres peuples du sud-est du Congo, les masques sont désignés par le terme générique de bwadi (plur. maadl). Lors de son expédition pour le MRAC en 1955, Albert Maesen a observé quatre masques chez le sous-groupe des Bakwa Ngula dans le village de Beena Tshimbayi : (bwadi bwa) mukenge, (bwadi bwa) kabwala (la), (bwadi bwa) cikwanga et (bwadi bwa) kalengula. Il n'a malheureusement pas pris de photos, et d'esquisses que des deux derniers. Ndaya (1975-1976, p. 34) cite également le masque kalendu sans toutefois non plus illustrer son discours. Un immigré Luntu à Kananga, Mundaadi Kalawanda, qui nous a parlé de ce sujet en 1994, y ajoute encore le nom de lun-kanga. Celui-ci se réfère à un masque en papier ou en carton. Selon Mundaadi, les noms kabwalala et kalendu sont des synonymes de masques faits en d'autres matières que le bois.
Des photos de terrain et des esquisses du danseur kalengula dans les notes de Maesen montrent un individu du sexe masculin, coiffé d'une cape en fibres tressées en forme de mitre. La cape aux yeux tubulaires est couronnée de plumes et est pourvue d'une sorte de barbe, apparemment en poils de bouc, ainsi que d'un col épais en fibres. Le personnage masqué porte un costume bien ajusté, de fibres tressées, consistant en une blouse et en un pantalon. Des peaux d'animaux attachées à ses hanches forment une sorte de jupette. Il tient à la main une longue massue en bois dont l'extrémité est recourbée et qui porte le nom mukombo (Maesen, 1954-1955, carnet n° 53, pp. 6-7; photothèque du MRAC, E.PH. 112/2-3).
Récemment, un tel masque kalengula du Vôlkerkunde museum der Universitât Zürich a erronément été publié comme Pende (Szalay, 1995, pp. 150-151) (fig. 1). Une cape de masque presque identique du MRAC (RG. 15417), aux yeux tubulaires de fibres tressées, a été identifiée par Maes (1924, fig. 38) comme Songye, et plus tard par Merriam (1978, p. 61, fig. 8) comme Binji " (Bindi). Curieusement, Félix (1987, pp. 12-13, fig. 3, et pp. 30-31, fig. 3) attribue ce même masque tant aux Bindi qu'aux Dinga. Des publications de Ceyssens (1993 a et b), il ne ressort cependant pas clairement si réellement les Dinga ont jamais produit de telles capes kalengula. L'exemplaire quelque peu différent, conservé au Nelson-Atkins Museum of Art à Kansas City, qui présente un nez en bois attaché à la cape, des yeux ronds, et une crête en bois (fig. 2), ressemble fortement à un masque qui se trouve au Museum der Kulturen à Bâle (Petridis, 1999, fig. 2).

En ce qui concerne l'utilisation et la fonction du kalen-gula chez les Luntu, Mundaadi nous a précisé que, tout comme le masque en bois cikwanga et le masque en fibres mukenge, il est prévu pour des personnes adultes, tandis que les trois autres masques luntu sont destinés aux enfants. Ils seraient portés tant pour des initiations que pour des enterrements dans le cadre de l'association bukalenga bwa nkashaam (6). Kalengula introduirait à chaque fois la mascarade, et s'enfuirait dès l'apparition du cikwanga. Contrairement à ce dernier, le kalengula n'est pas exclusivement lié à l'association nkashaama et apparaît uniquement dans le cadre du divertissement. Aujourd'hui, c'est aussi le cas pendant les ordinations et les visites de voyageurs occasionnels. Albert Maesen avait déjà noté en 1955 que l'on dansait souvent avec kalengu-la et qu'il pouvait être porté par n'importe qui.

MASQUES KALENGULA CHEZ LES PEUPLES VOISINS DES LUNTU
Le terme kalengula apparaît chez plusieurs peuples pour désigner chaque fois un masque plus ou moins semblable. L'exemple le plus connu est sans doute l'impressionnante construction de plumes que le Père William Burton a photographiée chez les Luba-Katanga à Kabongo ou Kisengwa en 1936 (Burton, 1961, fig. 22 ; Herreman et Petridis, 1993, p. 10). Ce masque est composé d'une armature de tiges en forme de mitre, couverte d'un morceau de tissu coloré. Le nom du masque indiquerait ici l'association kalengula à laquelle le masque était affilié. En 1956, Paul Timmermans a photographié un exemplaire qui ressemble fort à celui de Burton dans le village Djidu près de Ndemba, chez les Nsapo, un groupuscule des Songye-Eki (photothèque du MRAC, E.PH. 5484 et 5486; voir aussi Boone, 1961, pp. 195-196; Timmermans, 1962, pp. 29-35). Ce personnage masqué d'une cape kalengula était accompagné d'un homme qui portait également encore un autre type de masque en fibres. En 1994, nous avons vu un masque Nsapo kalengula très similaire dans les réserves de l'Institut des Musées Nationaux du Zaïre à Kinshasa (n° 70.5.703).
Comme chez les Luba-Katanga décrits par Burton, le terme kalengula est également lié à une association chez les BaIa, un sous-groupe Songye, du village de Lupupa Ngye. D'après Merriam (1978, pp. 96-97), trois hommes du village de Lupupa Ngye étaient capables de fabriquer un tel masque. En 1960, l'auteur y a fait fabriquer un masque kalengula (fig. 3). Pour les habitants de ce village, le mot kalengula fait référence à tous les masques en fibres de rama, attachées à une armature en bois. Merriam (1982, p. 26) parle d'un " cult group " qui se caractérise par " male membership, special paraphernalia, and pertinent actions ". Plusieurs des personnes interrogées qualifiaient néanmoins le danseur masqué de comique et soulignaient qu'il s'agissait d'un jeu pour des jeunes.

Le groupe kalengula se composait à Lupupa Ngye d'environ seize membres dont l'âge variait entre douze et quinze ans. L'initiation ne comportait que quelques simples formalités. Un homme plus âgé qui portait le titre deyakalengula avait, en tant que leader du groupe, la charge de la maison spéciale où le masque et le costume étaient gardés. Le personnage masqué était toujours précédé d'un porte-drapeau et accompagné d'autres spécialistes dont deux tambours et un chantre. Hormis ses apparitions à l'aube et le soir, kalengula se montrait aussi au clair de lune. Sur le masque, on appliquait toujours une substance " magique", appelée mulawe, afin de l'activer. Ainsi, la protection de tous ceux qui y étaient liés était assurée. Celui qui mettait le masque se trouvait progressivement possédé par les esprits ancestraux. Cet état de transe était également désigné bwadi (Merriam, 1978, pp. 144-145).
Les porteurs du kalengula de Lupupa Ngye dansaient toujours en couple. Des instruments de percussion et des chants rendaient l'apparition du masque très bruyante. Un personnage de l'entourage de la personne masquée, qui portait le titre de tata bamwadi, portait une calebasse remplie de poivre brûlant, avec laquelle il faisait peur aux spectateurs, afin de maintenir l'ordre. Une de ses tâches principales consistait à percevoir un tribut auprès des notables et anciens notables. Sous cette apparence ludique se cachait donc en réalité un mécanisme de redistribution économique (voir aussi Merriam, 1982, pp. 26-29).
Himmelheber (1960, p. 406) a noté le nom de kalen-gula pour désigner un masque en bois sculpté remarquable des Songye-Kalebwe, qu'il a récolté in situ en 1939 et qui est actuellement conservé au Museum der Kulturen à Bâle (fig. 4). On retrouve sur cette sculpture, portant un " Aufsatz, eine Art Brett, das mit Schnüren an der Maske bifestigt ist ", un motif de lignes parallèles peintes, typique des kjfwebe. Selon les informations de Cynthia Anson, mentionnées par Merriam (1978, pp. 96-97), kalengula se réfère chez les Kalebwe aux masques qui étaient utilisés par le "juvenile level of membership of the Kifwebe association ". Notons encore qu'à l'époque de Himmelheber les Songye occidentaux, dont fait partie le sous-groupe Kalebwe, étaient avant tout connus pour leur production de statues. bien qu'ils produisissent également des masques. Mais quand Dunja Hersak fit ses recherches de terrain en 1977-1978, seule la partie orientale du territoire Songye était restée " traditionnelle" et continuait à fabriquer des masques et. en moindre mesure, des statues (Hersak, 1986. pp. 4, 8).

Un autre masque en bois, qui fait partie de la collection Donald et Florence Morris à Huntington Woods près de Detroit, pourrait également être. à l'exemple de ce que dit Félix (1987. pp 164-165, fig. 9). identifié comme étant une variante kalengula des Songye (fig. 5) (7). Mais il est aussi fort possible que cette sculpture inhabituelle soit plutôt originaire des Konji, un peuple voisin des Luntu. Il convient de mentionner à ce sujet la photo prise par Maesen en 1955 de deux personnages masqués dans le village de Batwape chez les Bakwa Looko. un sous-groupe Konji (photothèque du MRAC, E.PH. 110/7-12). Celui appelé cyalabenyi. revêt une simple cagoule en fibres tressées avec des yeux cylindriques. L'autre, appelé mukonko-le, porte un masque en bois polychromé pourvu d'une extension verticale rectangulaire sur le front et est couronnée de longues plumes (voir aussi Maesen. 1954-1955: carnet n° 54. pp. 47-48). Quelques exemplaires de ce dernier type de masque se trouvent dans les collections du MRAC (RG.53.74.7361,53.74.7382).
L'extension verticale rectangulaire, ainsi que la couronne de plumes et la polychromie de ces masques rappellent l'exemplaire susmentionné de la collection de Donald et Florence Morris. La crête en forme de planche peut aussi évidemment être comparée aux crêtes des masques en fibres kalengula des Luntu et autres peuples (8).
Dans le village Konji de Tshiloolo, sous-groupe Beena Lumonya, Albert Maesen a été témoin d'une représentation d'un masque du nom de bwadi bwa Nkashaama, qui était accompagnée par un orchestre, composé de trois tambours et d'une chorale d'une vingtaine de jeunes garçons. D'après l'esquisse qu'il en a faite - une cagoule avec le bec d'un calao en guise de nez et une grande crête de longues plumes - ce masque est proche des variantes kalengula mentionnées ci-dessus (1954-1955, carnet n° 52, pp. 102-103). Maesen est le seul à avoir mentionné le masque nkashaama qui, comme nous l'avons déjà dit, signifie " léopard ". Cependant, l'association bukalenga bwa nkashaama est inexistante chez les Konji. Par conséquent, ce masque ne peut aucunement être affilié avec cette association sur la base du nom que Maesen a noté pour le désigner.
Vers 1926, Casimir d'Ostoja Zagourski fit des photos chez les Mputu d'un danseur masqué habillé d'un déguisement qui appartient sans aucun doute au type kalengula et qui ressemble fortement aux exemplaires vus chez les Songye, les Luba-Katanga et les Nsapo (figs 6 a et b). Selon Frobenius (in Klein, 1988, p. 13), les " Baqua Nputu " (Mputu) forment un sous-groupe des Luluwa Orientaux. Il est important de savoir que Frobenius (op. cit. 1988, p. 26) a noté le nom kalengula pour les " Bena Kapelle " des environs d'Ikoka, qui font également partie des Luluwa Orientaux.
Curieusement, l'ethnologue allemand a aussi noté l'expression kalengola pour désigner un autre type de masque en fibres tressées chez les Kete du Nord (Frobenius in Klein, 1987, p. 43, et photos 10-11). De plus récentes recherches de Maesen (1954-1955, carnet n° 45, pp. 12-13) et surtout de Binkley (1990, fig. 1) ont pourtant précisé que ce type de masque est généralement connu sous le nom de munyinga. Un tel masque, photographié en 1939 par Hans Himmelheber in situ chez les Byombo, fait aujourd'hui partie de la collection du Museum der Kulturen à Bâle (fig. 7). Frobenius (in Klein, 1988, pp. 7, 26, et figs. 127, 129), qui associe ce même type de masque aux Luluwa Occidentaux et aux Luba des environs de Lwebo, considérait les Byombo comme un sous-groupe des Luluwa Occidentaux.

(1). Chargé de recherches du Fonds de la Recherche Scientifique - Flandres (F.W.O.) à l'Université de Gand, Belgique.

(2). Dans le récent catalogue de Jürgensen et Ohrt (1997), accompagnant une exposition de masques congolais de la collection de Marc Léo Félix. quasi tous les masques présentés sont en bois sculpté. De même, les publications dédiées aux masques de l'Afrique subsaharienne dans son ensemble, comme les catalogues de Falgayrettes-Leveau (1995) et de Hahner-Herzog, Kecskési et Vajda (1997), ne montrent que très peu de masques faits d'autres matériaux que le bois.

(3). Dans le sud du Congo, hormis les Tshokwe et peuples apparentés, dont les masques polychromés en fibres et en résine sont assez bien connus, plusieurs peuples utilisent à la fois des masques de bois sculpté et des capes tressées. Pour des informations sur les Yaka et peuples apparentés, voir Bourgeois, 1984, et 1993; sur les Pende, voir de Sousberghe, 1959, Maesen, 1975, Ngolo Kibango, 1976, et de Sousberghe et Mestach, 1981; sur les Kete du nord et les Bushoong du sud, voir Binkley, 1990; sur les Salampasu, voir Cameron, 1988, et 1992; sur les Kete du sud-est, les Lwalu, les Bindi et auttes groupes du Haut-Kasaï, voir Ceyssens, 1973 74, 1990, et 1993.

(4). Les Luntu ont été mentionnés pour la première fois par l'explorateur allemand Hermann von Wissmann, qui les a qualifiés de .. Bena Luntu _ et qui les considérait comme étant un sous-groupe des.. Baschilange _ (Luluwa) (Wlssmann, 1888, p. 354 et carte 21, et 1891. p, 244), curieusement, les Luntu n'apparaissent pas dans les carnets de Leo Frobenius. En revanche, dans ses notes sur les Luba (-Lubilanji), il mentionne les grands chefs Luba : Kanjika chez les " Kanioka " (Kanyok), Tombo Katschi chez les " Kaloshi " (Kalonji), Batubenge chez les " Tschitollo ", et Kosh chez les " Koschi " (Konji) (Frobenius in Klein, 1990, p 46).

(5). Kalengula ( ?). Songye ou Konji ( ?). Kasaï Oriental ou Occidental. R.D.C. Bois, plumes, fibres. H. 55,2 cm. Collection de Donald et Florence Morris, Huntington Woods, Michigan. Ancienne collection de Jef Vanderstraete. Photo: Benyas-Kaufman, Inc., D. Morris.

(6). L'association bukalenga bwa nkashaama fonctionne essentiellement comme gardienne de la morille et de la tradition, mais sen aussi à maintenir l'ordre et la paix et à protéger la communauté contre toutes les influences négatives possibles. Nous analyserons cette association de façon plus détaillée dans une publication future relative au masque cikwanga et au symbolisme du bélier chez les Luntu (voir aussi note 10).

(7). Il est intéressant de noter que, dans Robbins et Nooter (1989, p. 472, n° 1213), ce masque est attribué aux " Tetela " . Félix (1997, pp. 78-79, cat. 42) montre encore un masque bizarre en bois de sa propre collection, qu'il identifie comme kalengula et qui proviendrait des Luntu. il est pourvu d'une sorte de cape en peau d'animal, et le visage est couronné de deux cornes d'antilope. L'auteur le regroupe avec d'autres masques sculptés des Luntu et des Luba-Lubilanji dans la catégorie " Ukete " une des quatorze zones stylistiques selon lesquelles les masques du bassin du Congo peuvent selon lui être classifiés.

(8). Un masque que Félix (1987, pp. 92-93, fig. 11, et 1997, p. 80, cat. 43) appelle hatwape et qu'il identifie comme luntu est probablement plutôt d'origine Konji. Un masque très semblable - avec l'ajout de vraies cornes de bélier -, qui portait le nom de kahwalala, a été fabriqué dans les années 1950 pour les " Ateliers sociaux d'Art indigène " à Tshikapa par un sculpteur Konji du village de Milambo des Bakwa Tstubasu qui s'appelait Musenga Bongo (Verly, 1959, p. 149). Batwape est d'ailleurs le nom d'un village Konji du sous-groupe Bakwa Looko, où Maesen a photographié en 1955 deux personnages masqués (voir texte).


À suivre